Les mots d'essence

12 avril 2015

Le poulet voyageur (et recette de saint-jacques)

Stoppée net au milieu de la rue. Le faubourg est devenu ruelle catalane. Les lampadaires sont des lauriers roses. Les Parisiens – désolée pour eux – ont pris des allures de touristes allemands. Le souvenir est remonté si fort qu'il était un mirage.

Les odeurs sont le chemin le plus court vers la mémoire. Le cerveau nous envoie des images avant même de nous dire qu'il a senti quelque chose. Le choc est grand, car il est d'abord inexplicable. Ce matin, les poulets rôtis de la boucherie arabe avaient la même senteur que ceux de mon bord de mer. Durant quelques fractions de secondes je savais être à 600 kilomètres de Paris. J'insiste : savais, et non croyais. Cette étrange sentiment, de vacances et de sécurité, a perduré toute la journée. Le lendemain sera dur.

ceviche1


(Encore une photo très laide, mais je me suis tant régalée ...)

C. est rentrée du Cambodge. C. est une amie. C. est une incroyable personne : elle sait accepter les originalités, les tics, les TOCs, les choses absurdes.

C. est aussi allée au Pérou. Elle m'a parlé de ceviche, si bien que j'en ai rêvé des mois avant d'en goûter. Depuis, je combine dans ma petite cuisine des simili-ceviche.


Simili-ceviche de saint-jacques

Pour une personne (entrée ou dîner léger)

  • 3 noix de saint-jacques

  • 1 citron vert

  • ½ échalote

  • Piment de Cayenne en poudre
    (ou un petit piment rouge)

  • 1 càc d'huile d'olive

  • Ciboulette ou coriandre (fac.)



  • QS potimarron

  • Sel, sucre

Modus operandi

  • Émincer les saint-jacques en très fines lamelles.

  • Couper le corail en petits dés. Peler et détailler de même l'échalote.

    (Épépiner et émincer très finement le piment rouge).

  • Presser le citron vert et mélanger les saint-jacques au jus avec l'huile d'olive, le corail, l'échalote et le piment. Saler à peine. Faire mariner 20 minutes au frais.

  • Pendant ce temps, couper le potimarron en dés (1 cm de côté) et le cuire-confire juste tendre dans une casserole, avec un fond d'eau, une pincée de sel et une petite cuillerée de sucre.

  • Servir le ceviche froid avec le potimarron tiède par-dessus (et éventuellement les herbes émincées).

 

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07 avril 2015

Pâques, 2015, Paris

Pâques a eu lieu mardi, à une heure du matin. La célébration fut légère, joyeuse et gratuite. Comme l'est une chasse aux œufs pour un enfant.

À trois heures du matin, trois colocataires faisaient sauteur un bouchon. Ils pensaient trouver un crémant dans la bouteille. Le liquide était pourpre, avec des arômes de fruits noirs et de bulles discrètes. Premier fou rire : l'étiquette indiquait « Rouge » en lettre plus-grandes-c'est-pas-possible.

À leur habitude, ils ont parlé de tout et de rien. Surtout de rien, en fait.

Et au détour d'un changement musical, Tryo a débarqué dans la minuscule cuisine. Ces trois humains, qui vivent ensemble - par hasard - depuis six mois, connaissaient les paroles par cœur.

Apocalypticodramatic, Désolé pour hier soir et Serre-moi ont rebondit sur le mur lépreux pour cause d'infiltration d'eau. Qu'il était beau, ce mur, cette nuit-là.

Trois visages souriaient d'une même voix. Une jeune fille comprenait le plaisir de chanter dans un chœur. Même si je continue à chanter faux.

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(Non, ils ne sont pas beaux. Ce n'est pas ce que nous leur demandions)

Pâques a aussi eu le goût de muffins au chocolat; pour souhaiter bon (nouveau) départ à G. La recette ne change plus, mais j'y ai ajouté un crumble (idée d'une adorable lady). Qui, lui, change beaucoup de choses (en mieux).

Pour 6 beaux muffins :

Ingrédients solides

  • 120g de farine + un peu de sel

  • ½ sachet de levure chimique

  • 60g de sucre blond de canne

  • 60g à 75 g de chocolat noir haché (selon vos goûts et votre chocolat)

  • 1 càs rase de cacao

  • + 50 g de pépites de chocolat (ou noisettes, ou ce qui vous tente

Ingrédients liquides

  • 1 œuf

  • 60g de lait

  • 60 g de lait ribot (ou 60g de lait + 1 càs de jus de citron, et laisser reposer 20 minutes)

  • 40g d'huile

  • ½ càc d'arôme vanille

Le crumble

  • 20g de beurre demi-sel

  • 20g de farine

  • 10g de cacao

  • 30g de sucre blond de canne

Modus operandi

  • Râper ou hacher finement le chocolat

  • Mélanger la farine, le sel, la levure le cacao et le chocolat râpé.

  • Mélanger l'œuf, les laits, l'huile, l'arôme vanille.

  • Préparer le crumble : mélanger la farine, le sucre et le cacao. Ajouter le beurre froid en dés et sabler du bout d es doigts jusqu'à obtenir de petits morceaux de pâte friables.

  • Mélanger rapidement (à la fourchette) les mélanges solides et liquides. Ajouter les pépites et mélanger. L'appareil ne doit pas être homogène.

  • Répartir dans des moules à muffins en silicone ou avec des caissettes en papier. Émietter le crumble par-dessus. Enfourner pour 15 à 20 minutes dans un four préchauffé à 180°C.

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30 mars 2015

Une douzaine

Elles ont le don d'invisibilité. Les yeux les frôlent sans que les esprits n'aient un soubresaut. Ils refusent cette présence sur le boulevard. Certains observent les vitrines à travers elles. Plaie béante que laissent ces regards de négation.
D'autres les reluquent visiblement. Trop visiblement : de jeunes hommes en bandes qui font rouler les mots grivois comme ils feraient rouler leurs pectoraux. Pas des clients.

Elles étaient douze, hier, sur le chemin du supermarché. La nuit venait juste de tomber. Douze Chinoises (ou Vietnamiennes, ou Thaïlandaises, qui demande ?) qui portaient jeans, sac au creux du bras, maquillage discret. Elles n'étaient pas laides mais pas très-très belles non plus. Aucune n'aurait figuré au casting d'un film américain.
Douze postures identiques : elles semblaient guetter un petit ami en retard. Mais leurs traits n'exprimaient aucune impatience. Ni bonheur. Ni malheur. En fait, elles ne portaient rien sur le visage. Tout a été aspiré.
Ces femmes dont des trous blancs. Pas des pages blanches : je crains qu'aucune n'ait gardé espoir d'écrire son futur.

 

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En rentrant, juste après, j'écrivais ces mots dans ma tête. Et je n'avais envie de rien manger. Si : du chocolat.

Voici les tartelettes les plus simples du monde : fonds sucrés recouverts d'une ganache au chocolat au lait et thé. J'aime bien aussi la recette avec appareil cuit de P. Conticini. Mais je n'ai pas toujours le courage de me compliquer la cuisine.

Tartelettes chocolathées

Pour 6 tartelettes

Pour la pâte sucrée :

  • 125g de beurre à température ambiante, en petits morceaux

  • 85g de sucre glace

  • 25g de poudre d’amandes

  • 2g de sel fin

  • 1 œuf

  • 210g de farine

Pour la ganache :

  • 300 g de chocolat au lait

  • 180 g de crème liquide

  • 3 cuillères à café de thé vert (sakura sencha de Jugetsudo)

Modus operandi

  • Préparer la pâte en malaxant le beurre afin de l'assouplir avant d'y incorporer successivement le sucre glace, la poudre d'amandes, le sel, l'œuf et la farine. Bien mélanger après chaque ingrédient.

  • Former une boule, l’envelopper dans du papier film et la mettre au frigo pour 2 heures minimum

  • Faire infuser le thé dans la crème liquide portée à frémissement. Filtrer à travers une passoire fine en appuyant bien pour récupérer toute la crème.

  • Hacher finement le chocolat.

  • Porter la crème à ébullition et la verser en trois fois sur le chocolat, en remuant vivement à la maryse pour émulsionner.

  • Étaler la pâte sur 2 millimètres d'épaisseur et foncer les moulez à tartelettes. Recouvrir ces fonds de papier sulfurisé puis de billes de cuisson ou de légumes secs. Cuire ainsi 20 minutes dans un four préchauffé à 180°C, puis encore 5 à 10 minutes après avoir retiré les billes de cuisson. Laisser refroidir totalement.

  • Répartir la ganache dans les fonds de tarte et placer au frais (mais pas au frigo) jusqu'au moment de la dégustation.

 

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20 mars 2015

Première place

Excellent trimestre. Bons résultats. Élève sérieux et appliqué. Les écoliers peuvent aimer ces mots. Parce qu'ils ont appris à le devoir. Parce qu'ainsi va le monde et la volonté des adultes. Ces mots contiennent aussi la promesse de l'invisibilité. La non-existence est la punition des gens raisonnables.

L'école broie. Ses pires enfants, elle les exclue impitoyablement. Ses fervents adeptes, elle les taille - à coup de sabre ou de scalpel. Jusqu'à ce qu'ils brillent ou qu'ils rompent. Ils sont ceux à qui tout réussit. Et ceux qui veulent tout réussir. La multitude d'anonyme qui crève de ne pas être les meilleurs. Ceux qui sont prêts à tricher, mentir, voler, faire mal, pour atteindre l'excellence. Mais qui ont trop peur pour passer à l'acte.

Ils sont parfaitement normaux. Et totalement monstrueux.

ile-flottante-chocolat

Illustration de ce que je viens de dire : après ces mots, je vous donne une recette de dessert. Pour être « raisonnable ». A peine si je me suis permise de remplir ces îles flottantes de ganache au chocolat ...

Île flottante au chocolat sur mer de thé

Pour 4 personnes

Pour la mer de thé

  • 4 jaunes d'œufs

  • ½ l de lait

  • 1 cuillère à soupe de thé (Sakura sencha de Jugetsudo)

  • 100 g de sucre

Pour les blanc remplis de ganche

(cuisson au four)

  • 2 blancs d'œufs

  • 40 g de sucre

  • 1 pincée de sel

  • 30 g de chocolat au lait

  • 30 g de crème liquide

Modus operandi

  • Porter le lait à frémissement et faire infuser le thé. Filtrer.

  • Faire à nouveau chauffer le lait dans une casserole tout en fouettant les jaunes avec le sucre. Juste avant l'ébullition, ôter le lait du feu et en verser le tiers en filet dans les jaunes. Mélanger constamment.

  • Reverser le tout dans la casserole et faire chauffer à feu très doux. Remuer constamment en dessinant des 8 avec une cuillère en bois. Cesser la cuisson lorsque la crème nappe la cuillère. Passer la crème au chinois et réserver la en filmant au contact (pour éviter la formation d'une pellicule).

  • Faire fondre le chocolat dans la crème liquide (le mieux : en versant la crème chaude en trois fois sur le chocolat haché, tout en émulsionnant vivement à la maryse). Répartir cette ganache dans 4 moules à mini tartelettes (ou bacs à glaçons) et placer le tout au congélateur plusieurs heures.

  • Monter les blancs en neige avec une pincée de sucre. Ajouter ¼ du sucre lorsqu'ils commencent à monter puis progressivement le reste.

  • Répartir les blancs dans des moules à muffins beurrés (ou en silicone) et cuire 3 minutes dans un four préchauffé à 180°C.

  • Laisser refroidir. Démouler délicatement les blancs et enfoncer un palet au chocolat au centre de chaque.

  • Répartir la crème au thé dans des petits bols et ajouter une « île » dans chaque.

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13 mars 2015

Avant

Des pointillés de lumière dansent dans la chambre. Le volet ferme mal. Les phares de chaque voiture dessinent ainsi leur passage sur le plafond. Une petite fille les regarde du fond de son coussin. Elle a dans le nez l'odeur des draps propres. L'enfant vit à ce moment-là une grande aventure : cette chambre n'est pas la sienne. Ses parents dorment à, au moins, un demi-village de là. Demain, sa grand-mère lui offrira un bol de chocolat au lait et une tranche de brioche. Si celle-ci est aux raisins, elle aura pris soin de les ôter de la pointe du couteau. Cet amour n'a jamais eu de mot. Mais, mon dieu, il n'en a pas eu besoin.

La petite fille n'existe plus. L'a remplacée une jeune personne coincée quelque part juste avant l'âge adulte. À quatre heures du matin, dans mon appartement parisien, les voitures passent à la même fréquence que devant la maison alsacienne. Hier, les draps sentaient encore la lessive. Cela a suffi. De longues minutes avant de m'endormir j'ai souri. Avec le goût d'un pleur coincé quelque part au creux du ventre. Personne ne devrait être nostalgique à même pas trente ans.


# Musique : Mozart, le Requiem – pour Terry Pratchett, qui a mis mages, coffre et sorcières dans mon enfance, sans oublier de me faire réfléchir. #

pous3

La pou est une spécialité limousine. Une épaisse bouillie de sarrasin qui se mange chaude avec du lait bouillant ou refroidie, coupée en cubes et dorée à la poêle.

La recette, qui vient du magazine Régal, précise que les pous se servent avec une salade miellée ou de la sauce au vin. Moi, j'aime en agrémenter mes poêlées de légumes. Ce soir-là, j'avais fait revenir dans le beurre salé quelques pleurotes jaunes, des champignons de Paris et une persillade).

(Selon le magazine, le nom vient du « soupir qu'exhale la pâte quand on crève la bulle en formation » : « pouh » !)

Pour 4 personnes (en garniture)

  • 100g de farine de blé noir (ou froment, avoine ou orge)

  • 50 cl de lait ( ou moitié lait et petit lait)

  • Sel (ou sucre)

Modus operandi

  • Mélanger intimement les trois ingrédients. Dans une casserole.

  • Porter à ébullition tout en remuant. Une bulle va se former. La faire éclater dans un « pouh » et recommencer, 9 fois.

    Il se peut, en cas de casserole trop grande par exemple, que le bulle ne se forme pas si clairement. Dans ce cas, la faire épaissir en remuant jusqu'à ce que la pâte épaississe comme une polenta. Pour tester, vous pouvez en déposer un peu sur une assiette bien froide : elle doit figer rapidement.

  • Étaler la pour sur une planche de cuisine, sur l'épaisseur désirée pour la section des cubes finaux. Laisser refroidir.

  • Découper les cubes et les faire griller à la poêle dans du beurre.

  • Assembler avec les autres ingrédients prévus.

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05 mars 2015

Un seul être vous manque

Et tout est dépeuplé ? Peut-être pas. La chambre l'est. De taille raisonnable, elle est devenue petite en accueillant bagages et matelas. Débarrassée dudit couchage, elle est immense-ément vide.

Je regardais ma série-débile-du-soir de façon à ne pas lui tourner le dos. Je relevais les yeux de l'écran juste pour le voir rire de sa BD. Je pensais au repas du soir, pour qu'il lui plaise.

Mon meilleur ami : cette expression sonne de la naïveté d'une adolescence attardée. Mais elle convient. Quelques vacheries ont émaillé la jeunesse de cette amitié. Désormais, aucun ne supporterait de faire mal à l'autre. Ses laideurs semblent belles. Ses faiblesses sont des trésors.

Et pourtant, face à face, nous sommes parfois un peu gauche. Avouons sur ce clavier : certains gestes n'ont pas été fait. En sortant du restaurant, je voulais lui prendre la main. Juste pour sentir ses longs doigts de varappeur, et la chaleur de ses paumes. Il aurait compris. Mes phalanges sont restées serrées sur mon sac. Quelle idiote.

Baba parsemé de vanille, transpirant un peu de sirop dans le bol ...

Baba parsemé de vanille, transpirant un peu de sirop dans le bol ...

La prochaine fois, J., tu auras le droit à un dessert. Un baba à ce que tu veux par exemple. Celui-là fut au thé - j'adore l'alcool mais déteste le rhum.

Babas au thé (4)

Pour les babas :

  • 120 g de farine

  • 50 g de beurre

  • 5 g de levure de boulanger

  • 30 g de sucre

  • 10 g de miel

  • 1 œuf

  • 35 g de lait

Pour le sirop :

  • 90 cl d'eau

  • 400 g de sucre

  • ½ gousse de vanille

  • 20 g de thé (sencha jugetsudo pour moi)

Modus operandi

  • Mélanger la farine, le sel, le miel et le sucre (dans le bol d'un robot si vous en avez un). Ajouter la levure émiettée.

  • Mélanger l'œuf battu avec le lait et ajouter-les en deux fois, tout en mélangeant.

  • Ajouter alors le beurre pommade et mélanger, puis pétrir, pendant 10 bonnes minutes.

  • Laisser la pâte reposer à couvert durant deux heures.

  • Dans l'intervalle, réaliser le sirop en portant l'eau et le sucre à ébullition jusqu'à ce que ce dernier soit dissous. Ôter du feu et ajouter le thé et la gousse de vanille fendue en deux et grattée. Laisser infuser selon le goût désiré, avant de filtrer. Réserver.

  • Dégazer et répartir la pâte dans des moules à babas ou des moules à muffins. Les moules doivent être remplis aux 2/3. Laisser reposer à nouveau durant 1 heure, afin que la pâte monte jusqu'aux bords des moules.

  • Enfourner pour 20 minutes dans un four préchauffé à 180°C.

  • Laisser à peine tiédir, démouler les babas et les palcer dans un plat profond. Verser au-dessus le sirop froid et laisser imbiber au moins heures, au mieux une nuit. Arroser régulièrement.

    (Ajouter un chouïa de chantilly et un peu de fruit – des poires par exemple – est conseillé ...)

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21 février 2015

Ignorance

Étalée de tout mon long sur le trottoir. L'étonnement prévaut; Puis la lourdeur du choc sur la hanche et le genou. La pluie mêlée de suie et de pollution entre par les manches de l'imper. Le pull rouge vire au gris sale. Plus tard viendra la douleur aigüe et lancinante de la plaie. Le pantalon gris vire un peu au rose. Je serrerais les dents à chaque pas. Je retiendrais un cri à chaque marche.

Une chose fait beaucoup plus mal. À neuf heures du matin, les Parisiens vont travailler. Aucun ne s'arrête. Aucune voix ne s'inquiète. J'ai croisé des regards en train de se détourner.

Est-ce que cette ville corrompt ?

saumonpatoumi1

D'où mon envie d'un plat fétiche, un plat doudou. Le saumon Patoumi a été adopté par toute la famille depuis des années. Il est simple, clair, bon.

Désolée pour la photo : ce sont les plats de « tous les jours » que personne ne pense jamais à immortaliser.

Par personne :

  • 1 pavé de saumon

  • 1 càs de sauce soja (japonaise, « normale »)

  • 1 càs de jus d'orange

  • 1 càs de sirop d'érable ou de miel

  • Du gingembre frais râpé

  • Du poivre

  • De la coriandre ou ciboulette (fac.)

Modus operandi :

  • Mélanger tous les ingrédients, sauf le poisson et les herbes. Verser cette marinade sur le saumon placé dans un plat allant au four. Laisser mariner, 1 nuit de préférence, 1 heure en cas d'envie subite.

  • Faire cuire 10 min dans le four préchauffé à 180°C.

  • Servir chaud avec herbes et bol de riz.

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12 février 2015

Mauvaise

Elle a d'abord été bruit. Un bruissement inaudible, qui est languissant comme une chanson sur la nostalgie, et vrillant comme une perceuse. Puis elle a pris forme: une petite bille juste là, devant, en haut, à gauche. Maintenant elle prend un poids. Elle pèse sur les idées et pensée (tentatives de –), petit pois ou enclume, selon les heures.

Elle est sortie de la non-zone, là où sont les envies et pulsions. La fatigue s'adresse directement à ma conscience. Chaque fibre du corps hurle. « Dors ! ». Chacune lutte.« Ne dors pas ! ». Mes cellules sont schizophréniques.

Et la nuit ? La nuit je n'ai pas sommeil.

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Gâteau des heures sans elle, sorti du four vers une heure du matin.

Il est riche en chocolat, sucré-salé au poivron, piqué de piment. Il est cuit assez lentement, à four assez doux, pour juste se tenir, tout en crémeux.

Vous adorerez ou trouverez ça trop bizarre. J'ai suivi l'idée de Letitia et ajouté le sirop du poivron confit, réduit jusqu'à ce qu'il crie pitié.

Pour un brownie au poivron confit (20*20 cm)

  • 1 poivron rouge

  • 80 g de sucre

  • 10 cl d'eau et le jus de 1 citron

  • 200 g de chocolat

  • 125 g de beurre demi-sel

  • 100 g de sucre

  • 3 gros œufs

  • 2 càs de Maizena

  • 1 càc de piment d'Espelette

Modus Operandi

  • Couper en deux le poivron, l'épépiner et le découper en morceaux de 2*2 cm (voir plus petits)

  • Porter l'eau, le citron et les 80 g de sucre à ébullition. Y plonger le poivron et cuire 15 min à feu doux en remuant.

  • Laisser refroidir dans le sirop puis égoutter.

  • Faire fondre le beurre avec le chocolat. Ajouter le sucre, puis les œufs un à un, la Maïzena et le piment. Bien mélanger entre chaque.

  • Ajouter enfin le poivron, mélanger et verser dans le moule couvert de papier sulfurisé (légèrement beurré pour moi).

  • Enfourner pour 15 min à 180°C (pour Letitia), 25 min à 160°C (pour moi, avec un four aux thermostats plus qu'imprécis).

  • Manger froid, avec le sirop du poivron réduit pour devenir nappant.

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03 février 2015

Trous bleus

Il a de beaux yeux. Bleus clairs, ils sont presque blancs, au milieu d'un visage brun émacié. Il était là tous les jours, devant la boulangerie. Le jeune mendiant a disparu. Je me force à croire qu'il est allé poser son gobelet dans une autre rue. Le plus effrayant est ailleurs. Je l'aurais remarqué, même s'il avait été laid, ou vieux. Mais jamais je n'aurais vu son absence.

Ils doivent être nombreux, à occuper notre quotidien. Et à s'en évaporer sans nous laisser le moindre, plus petit, minuscule, fragment de souvenir.

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J'aurais du lui offrir de la brioche tous les matins. Je me sentirais peut être moins coupable – sans l'être pour autant.

Voici la Chocolate Chunk Challah de Sandra (sans lait, sans beurre). Qu'elle m'excuse de cette introduction peu optimiste, sa brioche est délicieuse.

Pour une énorme tresse :

  • 350 à 390 g de farine T45 ou T55 + 3 g de sel

  • 15 g de levure fraîche

  • 50 g de sucre

  • 40 g d'huile neutre (tournesol, pépins de raisin ...)

  • 1 càs miel

  • 1 œuf

  • 175 ml d'eau

  • 60 g de chocolat noir coupé en morceaux de la taille d'une noisette

  • ½ œuf pour la dorure

  • Sucre grains

Modus operandi

  • Dans un grand saladier (ou le bol du robot), mélanger 100 g de farine avec le sucre et le sel. Ajouter l'huile, l'œuf battu, l'eau et le miel.

  • Mélanger avec une cuillère en bois (ou la feuille du batteur) jusqu'à obtenir une pâte lisse.

  • Mélanger le reste de la farine avec la levure émiettée et l'ajouter progressivement tout en mélangeant, et en raclant les parois du saladier/bol.

  • La pâte devient finalement difficile à travailler à al cuillère : la transvaser sur le plan de travail et la pétrir à la main en ajoutant au fur et à mesure le reste de farine.

  • La pâte doit être lisse et ne plus coller aux doigts. Si ce stade est atteint avant que toute la farine ne soit incorporée, surtout ne pas en ajouter.

  • Pétrir encore 5 à 10 min, ajouter un peu de farine si besoin, jusqu'à ce que la pâte soit homogène, souple et élastique.

  • Bouler, couvrir et laisser reposer 10 min.

  • Aplatir la pâte avec la paume des mains et l'étaler (au rouleau si besoin) de manière pour former un rectangle de 10 cm sur 12.

  • Parsemer du chocolat en l'enfonçant légèrement dans la pâte.

  • Replier la pâte dans la longueur pour emprisonner le chocolat. Souder les bords puis replier les bords (sur 2-3 cm) en dessous du « boudin » ainsi formé. Laisser reposer 10 min.

  • Bouler, en formant une clé en-dessous (l'endroit où les « bords » de la pâte se rejoignent). Placer la boule dans un bol légèrement huilé, en la frottant contre les parois pour l'huiler à son tour. Laisser reposer 45 min à 1 h, en filmant au contact (elle doit doubler de volume).

  • Dégazer la pâte et la diviser en 3 morceaux identiques, puis façonner les morceaux en boudins de 30 à 40 cm de long.

  • Assembler les boudins à une extrémité en les soudant fermement et les tresser. S'arrêter 5 cm avant la fin des boudins, les souder ensemble à nouveau et replier cette soudure en dessous de la tresse.

  • Poser la tresse sur une plaque couverte de papier sulfurisé, badigeonner d'œuf battu et laisser reposer 45 min à 1 h environ en badigeonnant deux fois à l'œuf, à 15 et 30 min.

  • Préchauffer le four à 180°C (th. 6).

  • Dorer une dernière fois la tresse (elle doit avoir doublé de volume), saupoudrer de sucre en grains.

  • Enfourner pour environ 30 min : bien surveiller et couvrir de papier alu si le b rioches dorent trop.

  • Laisser refroidir sur une grille.
    Conserver les tresses dans un sac plastique, mais se couper d'abord une énorme tranche

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26 janvier 2015

Leur lieu

Un homme fait le pied de grue, toujours. Il fume une cigarette, pianote sur son portable ou prend son mal en patience en détaillant pour la six centième fois la devanture d'en face.
À l'intérieur, les femmes se font tresser ou défriser les cheveux. Et elles discutent. Le terme est trop faible. Elles échangent. Communiquent. Existent. Toujours pas : elles existent aussi à l'extérieur. Elles font quelque chose pour lequel aucun mot n'existe.

Les langues s'agitent plus que les ciseaux ou les peignes. Souvent, la coiffeuse s'est assise à côté de sa cliente pour mieux l'écouter.
Certains hommes ont le droit d'entrer. Pourquoi ? Un mystère que je n'ai pas encore percé ! Ces élus sourient (d'un sourire si large qu'il est presque rire).

(Beaucoup de sociologues ont parlé du rôle que tient le bar ou le café dans une ville. Le salon de coiffure est au moins aussi important).

strozzapreti

Lorsque je souris des orteils au bout du nez – comme en ce moment – j'ai envie de me lancer dans des entreprises culinaires risquées. Comme la pasta maison. Comme le laminoir est au loin (à peine 600 km), je me rabats sur des pâtes faciles à manipuler, telle celle des strozzapreti, à base de farine et d'eau, découverte chez Silvia. La texture est superbe, ferme comme j'aime.

Les proportions ci-dessous sont pour des affamés, et avec une sauce « courte », qui enrobe juste (après test, ce type de sauce convient mieux). Si la sauce est « longue », comme sur la photo, ou si vous avez moins faim, vous pouvez évidemment réduire les quantités.

Strozzapretti pour 4 (bons mangeurs)

  • 400 g de farine T 55 (ou 300 g et 100g de semoule fine de blé dur)

  • 200 ml d'eau

  • 4 pincées de sel

  • Et basta

Modus operandi :

  • Verser la farine sur le plan de travail, creuser un puits et ajouter le sel.

  • Ajouter progressivement l'eau dans le puits en mélangeant avec la farine des bords, du bout des doigts.

  • Lorsque toute l'eau est incorporée, pétrir une dizaine de minutes environ, jusqu'à l'obtention d'une pâte lisse et plutôt ferme.

  • Boulez, enveloppez de film alimentaire et laisser reposer 30 minutes à température ambiante.

(Pendant ce temps, réaliser la sauce de son choix, ici aux champignons, tomates et herbes.)

  • Étaler la pâte au rouleau sur 2 mm d'épaisseur. Puis la couper en bandes de 1,5 cm de largeur.

  • Prendre délicatement une bande de pâte avec les mains, et la rouler sur elle-même en faisant des aller/retour entre les paumes des mains (la forme souhaitée est bien visible sur la photo de Silvia).

  • Découper des pâtes de 5 cm de long en pinçant avec pouce en index. Les déposer un à un sur un linge propre.

  • Pour la cuisson : Verserles strozzapreti dans un grand volume d'eau bouillante salée. Dès qu'il remontent à la surface de l'eau (environ 2 min), les récupérer à l'aide d'une écumoire. Les égoutter et les versez dans le plat contenant la sauce. Mélanger et servir chaud, avec éventuellement du parmesan, ou ici de la poutargue râpée.

Posté par Calimeriane à 21:46 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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