Les mots d'essence

27 septembre 2014

Déités

Imaginez que les mots disparaissent. Plus aucun n'a de sens. Et n'en a jamais eu. Le monde s'emplit, d'une montagne de choses sans dénomination.

Je devais avoir une dizaine d'années lorsque j'ai posé cette question : « Comment réfléchissent les sourds/muets ? ». Ils ont des pensées, forcément. Mais leur forme m'échappe. Moi qui formule tout. Moi qui recherche toujours le terme exact. Moi qui savoure longuement les mots que je découvre.

Les théories mathématiques, les biographies, les pièces de théâtre, les concepts anthropologiques … toutes ces choses disparaissent. Mais aussi les introspections les plus banales. Et les sentiments, surement. Nous ne naissons avec la palette de sentiments dont nous faisons étalage. Ils sont travaillés au cours de notre socialisation. Ils sont acceptables et acceptés parce que définis d'une manière commune. Par les mots.

L'amour n'est pas universel. La haine, la colère, l'envie, le respect … Ces choses sont grossières et bien trop puissantes. Seul le langage les tient en respect.

Et pourtant, parfois j'envie ceux qui n'ont pas de mots. Sans eux, je pourrais toucher au repos. Sans être agitée par un « bonjour » dans la rue. Par un surnom que me donne une connaissance. Par des critiques, ou des louanges, qui me sont rapportées.

Photo de soirée, donc couleurs peu exactes ...

Et sans les mots, pas de tradition culinaire française. Celle-ci est particulière par son ancrage littéraire. Elle est précis car écrite – et merci M. Escoffier, et tous les autres.

Depuis plus d'un an que je la touche vraiment du doigt, j'entends parler de « jus ». Avec envie. Dont acte. Je n'oublierais jamais le regard étonné-ravi du boucher à qui une petite rousse d'allure hippie demandait des os, pour accompagner ses rognons



Rognons à la moutarde, ma version

Pour 4 personnes, mais 3 sans (aucun) problème).

Pour le jus

  • Environ 400 g de parures de veau (dont des os à moelleà

  • 1 oignons

  • 1 gousse d'ail

  • 1 carotte

  • 1 poireau

  • 1 branche de persil plat

  • 1 branche de thym

  • ½ feuille de laurier

  • 10 cl de vin blanc sec

  • 2 grains de poivre noir

  • 20 cl de bouillon de volaille (maison ou le meilleur possible)

  • Huile d'arachide

Pour les rognons

  • 2 beaux rognons de veau (400 g pièce environ)

  • QS de champignons de Paris (400 g pour moi je pense)

  • Moutarde à l'ancienne

  • Fécule type Maïzena (fac. - dépend de la réduction du jus)

  • Persil plat

Modus operandi

  • Couper en petits morceaux les parures de veau.(Nécessité d'avoir un bon, gros et lourd couteau, et pas trop peur …)

  • Peler l'oignon, l'ail et la carotte. Les couper en morceaux d'1 cm de côté. Émincer le poireau, sauf une feuille. Réaliser un bouquet garni en entourant les herbes de cette feuille.

  • Se munir d'une bonne casserole ou sauteuse, y verser de l'huile d'arachide et saisir les parures à feu vif. Elles doivent avoir une belle coloration, et commencer à accrocher. Si elles rendent trop de gras, vider l'excédent.

  • Déglacer avec la moitié du vin. Faire accrocher à nouveau et déglacer une deuxième fois, avec le reste de vin, en ajoutant les légumes.

  • Faire accrocher une troisième fois, et déglacer avec la moitié du bouillon. Ajouter le bouquet garni et le poivre.

    Baisser le feu. Laisser à petits frémissements pendant trois heures minimum en rajoutant parfois du bouillon pour garder un volume de liquide constant. Écumer régulièrement.

  • Passer au chinois fin, en appuyant pour bien extraire tout le jus. Réduire le jus à consistance souhaitée (environ au tiers pour moi).

Préparation finale

  • Dégraisser les rognons (si besoin), ôter la membrane qui les entoure. Les dénerver et les découper en bouchées (en suivant à peu près leurs « démarcations » naturelles).

    Saler, poivrer.

  • Laver et découper (ou pas) les champignons, selon leur taille.

  • Faire revenir rapidement les rognons (3 à 5 min max.) dans une poêle sur feu vif. Les réserver au chaud (sur une assiette avec double papier absorbant dessous, dans un four à 65°C pour moi).

  • Faire revenir les champignons de Paris à la poêle environ 3 min. Ajouter le jus de veau et 1 cuillère à soupe de moutarde. A partir de là ne plus faire bouillir. Goûter et rectifier en moutarde si besoin. Ajouter 2 càs de fécule (diluée dans un peu d'eau) si la sauce semble trop liquide.

  • Mettre les rognons dans la sauce juste pour les réchauffer, en vérifier la cuisson, juste rosée (« à la goutte de sang » : théoriquement une goutte de sang doit sortir d'un morceau coupé en deux). Rectifier l'assaisonnement.

  • Servir immédiatement, en ciselant dessus du persil plat.

    (Ici avec des dés de courgettes juste revenus à l'huile d'olive, sel, poivre, et cuits à couvert une dizaine de minutes)

rogons2

Posté par Calimeriane à 15:48 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , ,


21 septembre 2014

Dire « chez moi »

Paris, de long en large, et même plus loin. Des visites à n'en plus finir, à n'en plus pouvoir, à ne plus croire.
Aucune église, aucun musée, aucun palais ne ponctuait cette litanie : des chambres, des salles de bains, des cuisines. Je me suis imaginé partagé des quotidiens divers, attirants et repoussants.

Je suis épuisée, les jambes lasses de tant d'escaliers, l'esprit plus las encore.

Mail – visite – refus – mail – visite – pas de nouvelles – téléphone – rendez-vous – annulation … Téléphone. Une voix sympathique – mais je n'y croyais pas – un appartement tordu – mais je n'y croyais pas – des vies qui me faisaient envie – mais je n'y croyais pas.

Je n'y crois toujours pas.
Bientôt, je pourrais dire « chez moi ».

muffins

Je vais peut-être redevenir serial-cuisinière. Je vais peut-être garnir des pizza, plier des ravioli, cuire des muffins.

Ceux-ci sont plein de pomme et de speculoos, et du souvenir de journées passées aux fourneaux.

Pour 6 gros muffins pomme-speculoos

  • 120 g de farine semi complète (T 110)

  • ½ sachet de levure

  • 40 g de cassonade

  • 1 œuf

  • 60 cl de lait ribot

  • 60 cl de lait

    (Ou que du lait, en mettre alors un peu moins)

  • 20 g de miel

  • 40 g d'huile

  • 1 pomme

  • 6 speculoos (+ 3 pour le crumble)

  • 10 g de beurre froid en dés (pour le crumble)

Modus operandi

  • Le plus long : torréfier les speculoos dans une poêle, à feu doux et à sec. Les laisser complètement refroidir.

  • Peler, épépiner et couper la pomme en dés.

  • Mélanger la farine, la levure et la cassonade. Mélanger l'œuf battu, l'huile, les laits et le miel.

  • Casser les 6 speculoos en morceaux (pas en miettes).

  • Faire un crumble en sablant du bout des doigts le beurre et les 3 speculoos émiettés.

  • Mélanger rapidement les deux préparations (solide et liquide), les dés de pomme et les morceaux de speculoos.

  • Répartir la pâte dans des moules en silicone (ou garnis de caissettes en papier). Saupoudrer de crumble.

  • Enfourner 15/20 min dans un four préchauffé à 180°C.

Posté par Calimeriane à 21:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

14 septembre 2014

Sous les étoiles, l'herbe. Après les étoiles, le soleil.

Nous n'avons pas tout compris. La plupart étaient surpris d'être là. Que de tels lieux, et moments, existent encore. Ils avaient disparus depuis l'enfance (pour ceux qui les avaient connus). À force d'entendre parler des week-ends loin de la ville, nous ne les pensons que comme des mythes. À force de rêver au repos, nous finissons par ne plus y croire autrement.

Combien de temps ? Un mois. Depuis les dîners avec bouteille de vin de ces vacances. Depuis les cafés avec ma grand-mère. De beaux moments, enfermés dans ma boîte à trésor.
Mais deux jours (vous vous rendez compte ? Deux journées entières !) de repos, je ne me souviens plus.

Sur l'herbe, j'ai pu passer une (deux ?) heures sans parler. Puis l'envie venant, me passionner pour une discussion idéo-politique ou un délire imaginatif au long cours.

J'ai pu être là, ni plus, ni moins.

 

knodel

 

J'étais aussi heureuse, trop pour prendre des photos. Donc cette recette n'a rien à voir. Ces knödel (quenelles, en français), fourrées de fromage, ont fait le bonheur de la tablée. Elles viennent de chez Nanou, et merci à elle (même si, avis commun, il y en avait trop peu).

Knödel au fromage pour 4 personnes :

  • 250 ml de lait

  • 30 g de beurre (et un chouïa plus)

  • 100 g de semoule de blé dur

  • 1 œuf

  • 50 g de fromage à pâte dur (type comté)

  • 200g de girolles (cèpes à l'origine)

  • 1 pomme

  • 20 tomates cerises

  • Persil plat

  • Un peu de jus de citron

  • Sel et fleur de sel; poivre

Modus operandi :

  • Faire chauffer le lait , ajouter sel, le poivre et le beurre. Lorsque le beurre est fondu, ajouter la semoule progressivement et chauffer pendant 5 min sans cesser de remuer.

  • Ajouter l'œuf et remuer jusqu'à obtenir une pâte épaisse.

  • Transvaser dans un saladier et laisser tiédir. Pendant ce temps, découper le fromage en 20 dés.

  • Façonner 20 boules avec l'appareil à la semoule (avec des mains humides si besoinà et farcir chaque boule d'un dés de fromage. Réserver sur un tapis en silicone ou du papier sulfurisé.

  • Cuire ces knödel dans un grand volume d'eau salé. Les sortir à l'écumoire lorsqu'elles remontent à la surface. Égoutter.

  • Si besoin, laver (mais vite) les champignons, et les couper en deux s'ils sont gros.
    Peler la pomme et y découper des boules à la cuillère parisienne. Les citronner légèrement.
    Ciseler le persil, rincer les tomates.

  • Faire revenir les champignons dans du beurre, environ 5 min. Saler, poivrer.
    Ajouter le persil, puis les tomates. Lorsqu'elles commencent ( à peine) à chauffer, ajouter les billes de pommes et les knödel, pour faire dorer rapidement celles-ci.

    Servir immédiatement.

Posté par Calimeriane à 00:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

04 septembre 2014

Sourire aux absents

Il parle avec les mains. Il crie presque, de ses doigts, alors que sa voix reste posée. Il se désarticule dans le vide, brasse de l'air – au sens propre. Son interlocuteur ne voit rien. Je l'observe du coin de l'œil, d'abord étonnée, ensuite amusée et à la fin un peu attristée. L'oreillette de cet homme-pas-vraiment-là, donne un air un peu effrayant à la scène. Elle évoque ces films futuristes où les hommes sont tous grands, blancs, blonds et froids

J'avise les promeneurs. Les amoureux qui n'échangent pas un regard. Ils sont arrimés par le petit doigts de l'autre, qui leur donne une assurance folle. Beaux. Les lycéennes qui parlent fort, en riant, tout à leurs complots de début d'année. Belles. Les mecs en T-Shirt moulants qui les reluquent avec ostentation (ils seraient bien gênés si toutes répondaient à leurs avances). Beaux.

Et tous les autres, qui sourient. Ils sont seuls. Les yeux sur un écran ou l'oreille contre le haut-parleur. Ils sont entourés de battements de cœur, de clignements d'yeux, de sourires hésitants ou de larmes rentrées. Belles choses. Pourtant ils préfèrent joindre ceux qui ne sont pas là.

Quand, pour la dernière fois, avez-vous échangé un regard avec un passant ?

ms2

Envie de sucré, de beurré, de chocolat, d'excessif. La recette des Millionnaire's shortbreads me triturait les neurones de la déraison. Tu veux être raisonnable ? Fais en de tous petits carrés. Et manges-en plus. Tant pis. C'est bon, de ne pas écouter son surmoi.

Une couche de biscuit, beurré. Une couche de caramel, à peine friable-fondant.Une couche de chocolat.

La recette de Letitia vient de Marcia Tak. Je n'ai pas adapté – juste un poil de sel ici et là. En divisant les quantités par deux, j'ai obtenu une boîte de petits carrés bien épais.

Millionnaire's shortbreads

Biscuit :

  • 180 g de farine

  • 120 g de beurre mou

  • 60 g de sucre

  • 1/2 càc de bicarbonate de soude

  • 2 petites pincées de fleur de sel

Caramel :

  • 1 boîte de lait concentré sucré (397 g)

  • 120 g de sucre

  • 120 g de beurre

  • 2 càs de miel (Golden Syrup à l'origine)

  • 2 pincées de fleur de sel

Chocolat :

  • 200g de chocolat noir pâtissier

Modus operandi

  • Mélanger la farine, le sucre et le bicarbonate. Ajouter le beurre mou et écraser à la main pour obtenir une sorte de pâte à crumble. Bouler.

    Tapisser un moule rectangulaire ou carré de papier sulfurisé. Etaler la pâte à la sauvage, en l'écrasant avec la paume. Enfourner pour 15 à 20 minutes dans un four préchauffé à 180°C (th. 6). Sortez le biscuit du four lorsqu'il commence à peine à dorer.

  • Mélanger le lait concentré, le sucre, le beurre et le miel dans une casserole. Porter à ébullition puis baisser à feu doux-moyen. Remuer continuellement jusqu'à obtenir un caramel épais, qui se détache des parois (je reprends l'image de Letitia, parfaite : il doit devenir genre Flubber.)
    Verser immédiatement sur le biscuit. Faire refroidir à température ambiante (c'est rapide).

    Personnellement, je l'ai trop cuit : mon caramel devait être onctueux, il était friable, mais cette texture était très agréable.

  • Faire fondre le chocolat au bain marie. Verser sur la couche de caramel et laisser figer un peu. Filmer au contact et entreposer au frais jusqu'à refroidissement complet.

    Démouler en sortant le papier sulfurisé et découper des carrés (en plongeant le couteau dans une carafe d'eau chaude si besoin).

    Attention, le biscuit est assez fragile.

ms1

Posté par Calimeriane à 21:32 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

30 août 2014

Compliment

L'humanité, comme terme désignant l'ensemble des hommes, est évident.
L'humanité, comme terme désignant les qualités intrinsèques de ceux-ci est absurde.
L'homme s'est décide de la capacité de discerner un « bien » d'un « mal ». Et du même coup il a décidé qu'il était fondamentalement dans le bien. (Rousseau, selon moi, était soit un idiot soit un drogué).

J'ai peu de foi en cette humanité. Mais je suis éprise des individus. Sans pour autant leur accorder ma confiance. Récemment j'ai assisté à une scène, et j'ai eu honte.

Une femme a arrêté – oh, juste un instant – ce qu'elle faisait pour en féliciter une autre. « Au fait, c'est bien ce que vous avez fait »; quelque chose comme ça.

Rien dans le contexte ne l'y obligeait. Et moi je suis restée bouche bée, à mesure que les secondes passées. Les yeux écarquillés, je n'en croyais pas mes oreilles. Parce que la femme n'a pas dit « mais ». Elle devait dire « mais ». Logiquement, dans cette situation, un compliment de ce genre est suivi d'un « mais ».

J'ai eu honte, mais j'ai été toute souriante pour la journée.

souris1

Quand j'ai envie de partager, j'aime la viande. L'agneau, qui se prête aux longues cuissons, à ma préférence. Surtout lorsque l'un des convives a une appétence particulière pour ce mets.
J'ai utilisé cette recette, j'ai utilisé un bon vin et un bon bouillon, les haricots venaient du jardin de ma grande-mère. Franchement, les souris d'agneau de cette soirée furent parfaites.

Pour braiser 3 souris d'agneau (et pour 3 personnes) :

  • 3 souris d'agneau

  • 1 carotte

  • 1 oignon

  • 3 gousses d'ail (si elles sont grosses, sinon 4)

  • 1 branche de thym

  • 1 feuille de laurier

  • 1 badiane (anis étoilé)

  • 25 cl de vin blanc sec

  • 1 l de bouillon de volaille

Modus operandi :

  • Peler et couper grossièrement la carotte. Peler et hacher grossièrement l'oignon.

  • Saler et poivrer la viande. La faire dorer (jusque ce que cela embaume toute la cuisine) sur toutes las faces dans une grande cocotte en fonte.

  • Sortir la viande de la cocotte, ajouter de l'huile si besoin. Faire 10 min à feu doux revenir la carotte, l'oignon, les gousses d'ail entières, avec le thym le laurier et la badiane.

  • Déglacer avec le vin blanc, faire réduire jusqu'à obtention d'une sauce épaisse.

  • Remettre l'agneau dans la cocotte, ajouter le bouillon. Saler, poivrer.

  • Faire mijoter à feu doux (ou dans le four th. 4) 2 h à 2 h 30.

  • Ôter à nouveau l'agneau de la cocotte, réserver au chaud.

  • Passer la viande au chinois, appuyer bien sur les légumes pour en exprimer tout le jus. Faire réduire à feu vif dans une petite casserole jusqu'à obtenir n jus de l'a consistance souhaitée. Écumer régulièrement.

  • Servir avec de bons légumes, ceux qui ont du goût, natures. Sinon du riz, des pommes de terres en robe des champs … Ce que vos convives aiment.

Posté par Calimeriane à 21:37 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,



21 août 2014

Les revenants

D'autres humains existent. J'avais oublié.
Deux mois loin d'eux. Deux mois à ne parler qu'à mes plus proches. Deux mois à ne voir le grand méchant monde que de loin. Je l'ai vu mourir à la télé, entendu vociférer à la radio, lu ses pleurs dans le journal.
Ceux qui vivent ainsi en viennent à croire que tout, autour, est mauvais.
Les gens font la guerre, tombent malades, se haïssent, s'appauvrissent.

Et puis ils sont là, aussi. Dans le métro, ils savourent le début de soirée en fermant les yeux à demi. Devant le centre commercial, ils font le pied de grue en attendant des amis-et-plus-si-affinités. Dans les bureaux, ils s'interrompent pour un café, appeler leurs enfants ou envoyer des mails rageurs à des administrations obstinées. Ils ne sont pas tous beaux, ou pas très beaux. Mais ils existent. Ils mangent, boivent, dorment, bougent, sans s'agiter outre mesure.

Riez si vous voulez, mais cette vision m'apaise autant qu'un carré de chocolat, qu'une tasse de thé dans le silence. Presque autant que les bras d'un être cher.

aubtâm

Presque autant, aussi, qu'un plat réussi, qui plaît autant qu'il étonne. Je crois que nous sommes quelques uns à avoir cuisiné les aubergines à la façon de Miss Tâm. Les autres je ne sais pas, mais moi j'ai aimé.

Ces aubergines ne se ressemblent pas, tant le carcan – mental – de la moussaka, de la ratatouille ou de la parmigiana a explosé. Cuites à la vapeur, pas grasses, servies froides mais relevées par le piment et le gingembre …

Ah bon, c'est aussi ça, une aubergine

Les aubergines de Miss Tâm et un peu de moi; pour 3 (mais avec d'autres choses sur la table)
(cà tím hấp nước mắm gừng en v.o)

  • 3 aubergines

  • 5 cm de gingembre frais

  • 2 gousses d'ail

  • piment rouge frais (à votre goût; j'en ai égréné et émincé un petit)

  • Ciboulette (beaucoup)

  • 2 càs de nuoc-mam

  • 2càs de cassonade

  • 1 càs d'eau

Modus operandi

  • Laver et peler les aubergines. Les couper en tronçons de 5 cm de long, puis chaque tronçon en 4.

  • Faire tremper les aubergines dans de l'eau salée pendant 10 à 15 min. Bien les égoutter.

  • Cuire les aubergines à la vaeur (bêtement dans un panier vapeur sur une casserole d'eau bouillante pour moi) pendant environ 15 min.

  • Pendant ce temps, peler et couper le gingembre en fines tranches. Le piler avec l'ail grossièrement haché pour obtenir une sorte de pâte.

    Ajouter le piment égrainé et émincé.

  • Dissoudre le sucre dans l'eau et le nuoc-mam et l'ajouter au mélange précédent.

  • Rincer et émincer la ciboulette.

  • Répartir les aubergines chaudes dans un plat et ajouter la sauce, puis la ciboulette. Laisser refroidir à température ambiante, puis placer au frais 1 à 2 heures, en mélangeant éventuellement durant ce laps de temps.

Posté par Calimeriane à 22:35 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , ,

09 août 2014

Ici, le soleil

Je n'ai jamais aimé la chaleur. Cette moiteur dense qui étouffe le sommeil. Cette empêcheuse de tourner en rond qui rend amorphe. Elle prive de tout intérêt les plus merveilleux moments.

Et j'ai grandi. Le chaud est devenu ambigu. Il est la brulure de l'eau d'un bain qui détend tous les muscles. Il est l'excuse à consommer goulument une glace – décadente.

Il est la sensation de la sueur qui coule en gouttes lourdes, des cheveux aux bras.

Marcher en été signifie s'emplir de soleil. La brûlure sur la peau progresse dans les muscles, consume les nerfs, et se loge jusqu'au cœur des os. Après plusieurs heures, la souffrance n'est même plus une douleur. Tout le corps est fondu dans cette sensation.

Jusqu'au moment parfait où je peux autoriser mes muscles à s'arrêter dans l'ombre d'une maison. J'ôte des chaussures devenues fers. Je bois la plus jouissive des boissons : l'eau des assoiffés.

cake 1

Les nourritures les plus délicieuses ont un moment. La figue juteuse ne se goûte bien qu'au pied des Pyrénées. Le petit gâteau en train de refroidir doit être mangé à quelques jours de Noël. La pêche se cueille sous l'arbre d'un jardin luxuriant. Le gâteau aussi simple que riche clôt une soirée entre amis.

Ce gâteau est un cake : beurre, sucre, fruits secs et confits. La recette de Gérard Mulot est – à mon sens – le summum. J'y ai mis tous les fruits que j'aime, et n'ai jamais été déçue. Seul défaut : elle se prépare sur deux jours …

Le cake aux fruits de Gérard Mulot :
(la recette originale est ici; ma version est ci-dessous)

  • 100 g de raisins blonds

  • 60 g de figues moelleuses

    (ou 160 g de raisins, mais j'aime – un peu – moins)

  • 150 g de beurre mou + un peu

  • 150 g de sucre glace

  • 3 œufs (150 g)

  • 250 g de farine + un peu

  • 6 g de levure chimique (½ sachet)

  • 60 g d'abricots secs (bio)

  • 20 g d'écorces d'orange confite

  • 20 g d'écorces de citron confite

  • 1 citron (zeste; fac.)

  • Cointreau (je n'aime pas le rhum, voyez-vous ...)

La veille :

  • Mettre les fruits (coupés en petits dés) dans un bol et couvrir d'alcool (ou d'un mélange alcool/ eau, je fais généralement 2/3 alcool et 1/3 eau)

  • Au bout d'une heure, prélever la moitié des fruits. Filmer le bol et placer le reste au frigo.

  • Fouetter la moitié du beurre mou avec la moitié du sucre pour obtenir une texture crémeuse.

  • Ajouter 2 oeufs, éventuellement le zeste. Mélanger bien. Tamiser la moitié de la farine tamisée avec la moitié de la levure et les incorporer au mélange précédent. Ajouter enfin la moitié des fruits macérés (et égouttés) et mélanger jusqu'à ce que la pâte soit homogène. Filmer et placer au frigo jusqu'au lendemain.

Le jour J :

  • Sortir la première pâte du frigo. Préparer la seconde moitié de la pâte de la même façon que la première. Conserver précieusement l'alcool de trempage des fruits.

  • Beurrer et fariner un moule de 25 cm de long.

  • Mélanger intimement les deux pâtes puis verser le tout dans un moule.

  • Enfourner pour 40 à 50 minutes dans un four préchauffé à 160°C (couvrir d'aluminium si le dessus dore trop). La pointe d'un couteau doit ressortir sèche.

  • Verser l'alcool de trempage des fruits sur le cake dès sa sortie du four. Laisser refroidir puis démouler.

cake 2

 

(Conservation parfaite, trois jours, dans du papier film).

Posté par Calimeriane à 21:29 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

03 août 2014

Des escargots et du cacao

J'avais découvert le pré sur lequel j'ouvre ma fenêtre chaque matin. Puis j'ai vu les étoiles dans le ciel. Récemment j'ai senti l'odeur des jardin (trop) fleuris du village.

À chacun de mes retours en province je mets le doigt sur un manque.

Les premières fois, je regrettais le métro juste en bas de chez moi et les musées presque au coin de la rue. Et sont apparues ces choses, qui n'existent pas dans la plus-que-ville que j'habite. Des choses qui m'ont toujours habitées. Des choses qui sur le moment, et heureusement parfois pour ce seul moment, deviennent essentielles.

Il y a quelques semaines, j'ai entendu l'orage.

L'orage est de la même famille que les plus grandes musiques symphoniques, ou que certains chœurs graves. Il est puissant et roule dans les os. Il n'existe pas en ville. Il ne se déploie qu'ici (ou dans d'autres ici). Dans la salle de concert qui lui convient le mieux : l'espace.

Il y a deux jours, j'ai admiré les escargots qui sortent après la pluie.

Les escargots n'ont rien de joli; et le jardin était surtout humide. Mais cet ensemble, l'escargot-après-la-pluie, que c'est beau.

pain

Et puis aussi la large cuisine, toute vide, et l'étalage de confitures de saison (figues, pêches et un étrange concombre-pomme). Et puis un pain au cacao, tout doux, avec des pépites de chocolat bien amères. Le tout avec quelques lignes d'un livre d'enfant ou les cases d'un manga de mon adolescence.

Je suis partie de cette recette de Garance mais je l'ai transformé façon pain de mie. (Parce que j'aime les petits-déjeuners moelleux et franchement régressifs).

Pour un joli pain :

  • 5 g de levure fraîche

  • 75 g de farine de gruau (à défaut T45)

  • 100 ml d'eau tiède



  • 175 g de farine de gruau (à défaut T45)

  • 2 g de levure fraîche

  • 1,5 càs de cacao amer

  • 20 g de cassonade

  • 50 ml de ait

  • 25 g de beurre mou

  • ½ càc de sel

  • 1 belle poignée de pépites de chocolat

La veille ; réaliser la poolish :

  • Mélanger à la cuillère les 75 g de farine avec l'eau et les 5 g de levure jusqu'à obtenir un mélange homogène.

    Couvrir d'un film plastique et placer au frigo 12 à 15 h.

Le jour même :

  • Verser la poolish dans le bol du robot (ou un large bol pour pétrir à la main). Ajouter la farine, le cacao le sucre, le lait tiède et les 2 g de levure émiettés.

    Mélanger juste pour amalgamer et ajouter le sel. Pétrir 5 min à vitesse lente.

  • Ajouter le beurre mou petit à petit et pétrir longuement, au moins 10 min. Lorsque la pâte est bien lisse, élastique et homogène, ajouter les pépites et pétrir juste un peu, pour bien les répartir.

  • Former une boule, la placer dans un bol et couvrir d'un torchon humide. Laisser gonfler jusqu'à ce que la pâte double de volume (2 à 3 h; plus ou moins selon la température et l'humidité).

  • Rompre la pâte de la paume de la main et la rabattre, c'est à dire la replier plusieurs fois sur elle-même (sans trop la brusquer).

  • Bouler à nouveau et la placer, clé (endroit de la « soudure » de la boule) en bas, dans une cocotte en fonte. Faire lever dans la cocotte fermée environ 1 h 30.

  • Faire des entailles (couteau bien aiguisé ou lame de rasoir) sur 1 cm de profondeur (oubliées ici).

  • Enfourner la cocotte dans le four froid, l'allumer à 220°C et cuire environ 30 min.

pain1

Posté par Calimeriane à 18:24 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

18 juillet 2014

Traître

La scène était terrible. Durant les heures qui l'ont précédée, le monde était normal – et Dieu sait qu'il l'est rarement.
La carte du restaurant, les petites phrases assassines, les affiches devant le ciné et les ragots entre personnes qui se sont un peu perdues de vue : tout était prévisible, prévu, et bienvenu.

Et là, trahison.
Nous discutions, avachis dans d'atroces canapés rouges. Cette personne s'est levée, lentement, comme en s'excusant, et a accompli son terrible forfait. En une fraction de la plus petite fraction de temps envisageable, tout était fini. Le monde s'était arrêté. Il ne redémarrerait plus.

Plusieurs – affreusement longues – minutes plus tard, j'ai pris la vraie mesure de cette trahison. Je me suis réveillée, empêtrée dans une couette moite, l'esprit plus empêtré et moite encore. J'ai saisi mon téléphone pour envoyer un message de haine et d'incompréhension à cette personne. Puis j'ai réalisé.

Qu'est-ce qui m'est passé par la tête ? Un rêve, oui, bien sûr, mais pourquoi ? Une raison a poussé mon esprit a me faire croire à l'anéantissement. Je me suis trahie. Je me suis terrifiée d'une façon des plus ignobles.

Depuis deux jours, je sais qu'une partie de moi a déclaré la guerre à l'autre.
Et je me suis mise à la recherche des ces miettes de gémellité qui font les liens.

muffincourg

D'où cette recette réalisée pour la recherche menée avec H. : celle du Muffin (l'esprit du muffin, son essence, d'où la majuscule). Ils sont au chocolat, avec une pointe de courgette … Ce légume ne confère aucun goût mais beaucoup de mœllesse (néologisme personnel, et définition du muffin parfait) à ces gâteaux.

(La recette est celle de Silvia, à peine modifiée. Sachez que la plupart des gens demandent la recette après avoir goûté …).

 

Pour 6 mœllo-courgetto-chocolato muffins:

  • 150 à 170 g de courgette

    (mieux vaut un petite courgette, moins aqueuse, qu'un morceau d'une grande)

  • 50 de cassonade

  • 90 g de farine

  • ¼ sachet de levure chimique

  • 1 pincée de bicarbonate de soude (ou un chouïa plus de levure)

  • 50 g de chocolat noir

  • 30 g de beurre demi-sel (ou doux + une pincée de fleur de sel)

  • 1 œuf

  • 25 g d'amandes entières

  • 15 g d'écorce d'orange confite

  • 30 g de pépites de chocolat noir

Modus operandi

  • Sortir le beurre du frigo une heure à l'avance pour le faire ramollir.

  • Laver, râper et laisser dégorger la courgette dans une passoire.

  • Mélanger la farine, la levure et le bicarbonate.

  • Torréfier les amandes : les disposer sur une plaque couverte de papier sulfurisé et les enfourner 3 min dans un four à 180°C.

  • Faire fondre le chocolat (au bain-marie ou, avec précaution, au micro-onde).

  • Détailler l'orange confite en tout petits-petits dés.

  • Battre le beurre pommade avec le sucre. Ajouter l'œuf et mélanger.

  • Presser les courgettes entre les mains et les ajouter. Incorporer ensuite la farine, puis le chocolat.

  • Compléter avec les amandes concassées, les pépites et l'orange confite.

  • Remplir aux ¾ des moules à muffins et enfourner 20 à 25 min dans un four préchauffé à 180°C.

Posté par Calimeriane à 18:34 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,

09 juillet 2014

Statistique (inutile)

Les dessinateurs gribouillaient dans les marges de leurs cahiers d'écoliers. Les écrivains racontaient leurs problèmes d'adolescents boutonneux dans leur journal intime, ou leur blog. Les réalisateurs dépensaient tout leur argent de poche en places de ciné.

Tous les grands créateurs semblent avoir suivi un chemin. Avoir un destin.

Mais moi aussi, je gribouillais, à l'école. J'ai noirci des feuilles volantes et je suis allée au cinéma.
J'ai eu ces envies de créer.

Le monde semble froid, de ce froid-bleu-vide qui demande à être rempli. Des jeunes gens s'agitent, rient, parlent fort et n'écoutent rien. Un esprit très ancien semble avoir remplacé le mien. Et je veux engendrer de la beauté. Être mère, mais surtout pas d'un humain, d'une chose harmonieuse et marquante.

En toute sincérité, ceci vient moins d'une envie de faire que d'une envie d'être. Un Français sur trois veut écrire. Les autres veulent surement peindre, sculpter ou chanter … Que deviennent eux qui échouent (comme moi) ?

cp2

Moi, justement, parfois, je parviens à faire la cuisine. Quand je me saisis du citron confit pour une recette italienne. Et quand les dégustants, tout étonnés, trouvent ça bon. Je me suis basée sur la recette d'Edda, et je l'ai tournée selon mon envie.

Courgettes farcies au poisson (pour 3) :

  • 3 petites courgettes; longues

  • 300 g de filets de poisson blanc (cabillaud)

  • 4 feuilles de menthe

    (après réflexion, ajouter de la coriandre serait surement goûteux)

  • 1 gousse d'ail

  • Huile d'olive vierge

  • Sel, poivre

  • 9 olives violettes

  • Un peu de citron confit

(Toujours après réflexion, il faudrait ajouter un peu de chapelure à la farce pour l'assécher)

Modus operandi:

  • Mixer ensemble le poisson, les herbes, l'ail (et la chapelure, éventuellement). Ajouter de l'huile d'olive, saler, poivrer.

    Couper les olives en petits morceaux et le citron confit en tout-tout petits dés.

  • Couper en deux les courgettes et les évider à la petites cuillère (les parois doivent être de ½ cm d'épaisseur au maximum).

  • Faites blanchir les courgettes 5 min dans une grande casserole d'eau salée.

  • Égoutter les courgettes, faites les refroidir sur un papier absorbant.

  • Remplir les courgettes de farce et enfourner pour 15 min dans un four préchauffé à 200°C.

À savourer tiède.

Posté par Calimeriane à 16:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,



Fin »