Les mots d'essence

20 avril 2014

Argent & Cookies

Ces gens sont riches. Ils le montrent ostensiblement – sans ostentation, cela serait vulgaire. Ils n'arborent pas les symboles de grandes marques. Ils ne roulent pas en décapotable.
Leurs habits ne sont jamais froissés. Ils ne sont pas décoiffés. Ils ont tous de larges lunettes de soleil, qu'ils sortent dès les premiers rayons. Les verres sont aussi sombres que les vitres de leur voiture.
Ils marchent dans les rues en propriétaire. Ils se sentent légitimes. Leurs pas ne traduisent aucune hésitation.

Ils ont l'argent. Leurs dimanches matin en sont-ils changés ? Leurs enfants font-ils des adolescents différents ? Sont-ils – excusez la trivialité du mot – heureux ? Ils peuvent s'offrir des « petits plaisirs » qui pour d'autres sont des instants d'exceptions. Leur plaisir devenu perpétuel, ces gens pourraient être heureux.

La lassitude peut les en empêcher. L'envie d'en avoir plus peut s'immiscer là-dedans. S'ils ne s'en contentent pas, je n'ai pas à les envier. Mais je n'ai alors rien à espérer de ce côté-là.

cb1



J'ai fixé une de ces femmes. Impossible de l'imaginer acheter un quatre-quarts de supermarché ou un pot de pâte à tartiner géant. Ces gens ne doivent pas être des gloutons. Ils craquent pour d'autres formes de décadences en cuisine : les adresses à multiples étoiles et les additions à multiples zéros.
Aiment-ils les cookies-brownies ? Peut-être en les « embellissant » un peu, avec du chocolat intense, des éclats de fleur de sel et des dés de citron confit.

Pour 30 gros brownie cookies

(Ou 60 de la taille des miens)

  • 35 g de farine

  • 20 g de cacao non sucré

  • ¼ càc de sel

  • ¼ càc de levure

  • 150 g de chocolat noire

  • 30 g de beurre demi-sel

    (ou beurre doux et de la fleur de sel)

  • 145 g de sucre

  • 2 œufs

  • 100 g de chocolat en pépites

  • QS d'écorce de citron confit en tout petits dés

Sans salir le joli tissu de la jolie robe

  • Mélangez la farine, le cacao, le sel et la levure. Faites fondre le chocolat avec le beurre (au micro-onde, sans problème).

  • Fouetter les œufs et le sucre. D'abord au fouet à main pour dissoudre le sucre puis à l'électrique (ou à l'huile de coude) une dizaine de minutes. Vous devez obtenir une mousse crémeuse et claire.

  • Ajouter délicatement à la maryse le mélange au chocolat.

  • Ajouter de même le mélange à la farine sans trop travailler. Finissez en incorporant rapidement les pépites et le citron.

  • Prélevez des cuillères (de la taille que vous souhaitez) et déposez-les sur une plaque couverte de papier sulfurisé. Espacez-les bien : les cookies s'étalent à la cuisson.

  • Laissez-reposer 10 à 15 min, le temps de préchauffer le four à 190°C.

    Faites cuire au maximum 8 min (pour des cookies réalisés avec une grosse càc de pâte). Leur surface doit être craquelé et ils doivent être encore bien moelleux.

  • Déposez la feuille de papier sulfurisé sur une grille et laissez refroidir.

cb2

Après, plus besoin de mode d'emploi.

Posté par Calimeriane à 21:40 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,


08 avril 2014

La non-lettre

Le jour de mes onze ans, la boîte aux lettres était vide. J'attendais une missive de Poudlard. Je savais qu'elle ne serait pas là. Mais j'avais rêvassé, rêvé et finalement espéré. J'avais échafaudé une théorie. J. K. Rowling appartient au ministère de la Magie. Ses livres permettent aux sorciers nés-moldus de se familiariser aux codes de l'autre monde. Mais la lettre n'était pas là.

Cela pour dire quel était mon monde. Un livre attendait, tous les matins, au pied du lit. Il accompagnait le déjeuner, le brossage de dents et le laçage de chaussures (toute une technique). Je le lâchais en arrivant à l'école, au collège puis au lycée. Je le reprenais sur le chemin, dans le bus puis dans le train.
Un jour, j'ai compris que rien de ce qui peuplait mon esprit n'appartenait au « vrai » ou au « réel » ou à la « vie ». Je savais que tout cela était imaginaire. Mais l'imagination était ma vie.
J'ai compris et appris ce réel et ses règles. Je n'ai jamais su – pu – les appliquer. J'ai renoncé aux sorciers. Je n'ai pas accepté les moldus.

Les cuisiniers ont ceci de commun avec les auteurs. Ils créent un monde dans lequel je me sens bien. J'y existe sans questions. Mais – chance – tous mes concitoyens conçoivent que la nourriture est réelle. Alors je cuisine. Parce que je ne sais pas dire le reste.

p

Et je garde un attachement particuliers à certains, qui ont de jolis mots pour de jolies nourritures mais aussi pour tout le reste. Comme la jeune fille qui m'a fait connaître cette recette, et vivre un moment agréable.

Poulet tout gourmand, pour 3 à 4 personnes :

  • 12 ailes de poulet (donc 3/4 par personne)

  • 185 g de gingembre frais

  • 2 citrons non traités

  • 65 g de sucre de canne en tablette (en supermarché asiatique, par exemple la marque Pearl River Bridge qui commercial&ise du « Brown sugar in pieces »)

Recette à conserver, sans conteste

  • Pelez et coupez en tranches le gingembre. Découpez également le citron, en tranches d'un demi-centimètre. Cassez en morceaux le sucre.

  • Faites dorer à sec le gingembre dans une grande sauteuse. Y faire dorer ensuite les ailes de poulet. Une fois qu'elles sont bien colorées, disposez dessus le citron et le sucre.

  • Baissez le feu, couvrez et laissez cuire environ 1 h en surveillant et remuant pour avoir une caramélisation homogène.

  • A la fin de l'heure de cuisson, retirez le couvercle et faites réduire-caraméliser en enrobant bien le poulet.

Dégustez avec les doigts, et puis du riz et de la salade.

p2

Posté par Calimeriane à 19:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

31 mars 2014

L'air d'ici

Ce matin, l'air avait un parfum étrange. Il n'avais pas ses habituels accents de gaz. À la place, j'inspirais des odeurs de terre, de fermentation et de fleurs. Les rues étaient calmes. Ici, je peux prendre le vélo. A Paris, cela me fait peur. J'ai fermé les yeux entre le plaisir du vent dans les oreilles et du soleil sur ma peau.
Le silence habite mes journées. Moi qui adore cuisiner accompagnée de voix radiophoniques, j'ai savouré l'absence de mots. Les voitures ne passe pas. Et la télé n'est pas allumée.

Pendant une semaine, je vais prendre une grande respiration de tranquillité.

Et je fais de gros gâteaux. Cet après-midi un gâteau de famille, tout rond – tout simple; luisant car gorgé de sirop à l'orange.

s1

Évidemment, après cette introduction, j'aurais du vous offrir une recette à l'orange. Esprit de contradiction aidant, il s'agira de charcuterie. Des saucisses thaïlandaises, riches en bouche, et fraîches quand même. J'ai eu cette recette en tête des mois durant, avant de pouvoir la réaliser. Et je recommencerais. Ne soyez pas impressionnez par la recette : le plus long est de réunir, hacher et émincer les ingrédients !

Pour 4 personnes :

  • 500 gr d’échine de porc, assez grasse quand même

  • 5 càs de coriandre hachée.

  • 2 càs de citronnelle hachée

  • 1,5 càc de sel

  • 1 càc de poivre noir moulu.

  • 2 gousses d’ail

  • 2 càc de galanga râpé

  • 1 échalote

  • 1 belle càc de pâte de crevette (personnellement appelée « pâte qui pue »)

  • 1 piment oiseau

  • 3 feuilles de combava

  • 1 càs de pâte de curry rouge

  • Quelques gouttes de Nam Pla (ou de Nuoc Mam)

Pour la réalisation

  • Pelez et émincez l'échalote. Pelez et écrasez l'ail.

    Ôtez les graines du piment et hachez-le finement. Hachez les feuille de combava.

  • Découpez la viande en petits cubes, enlevez les parties le plus dures (os, évidemment, et nerfs). Passez la au hachoir.

  • Ajoutez tous les ingrédients soigneusement hachés ou émincés. Malaxez, avec les mains, jusqu'à obtenir une farce homogène.

  • Portionnez la préparation en 8 ou 12, selon la taille que vous désirez pour vos saucisses. Roulez des boudins, serrés dans du film alimentaire. Rabattez le film sous le boudin. Réservez au frigo au fur et à mesure.

  • Faites cuire les saucisses dans un panier vapeur posé sur une casserole d'eau bouillante, environ 10 minutes. Toutes ces étapes peuvent se faire à l'avance.

  • Juste avant de manger, poêlez vos saucisses sur feu vif avec de l'huile végétale

s2

  • Servez avec du riz nature ou des légumes poêlés au sésame, et de la salade verte ou de la salade de papaye, si vous avez sous la main …)

20 mars 2014

Choisissons de garder

La première huître. J'aime les rognons et le foie, les tripes (bien cuites) et les choux de Bruxelles (depuis peu). Cette semaine, yeux fermés, j'ai passé le cap de l'huître. Un animal visqueux et grisâtre. Une mâche forcément gluante. Un goût iodé. Comment ce coquillage peut-il être aphrodisiaque? Sa texture. Je ne me souviens même plus … L'ai-je laissé glisser dans ma gorge ou l'ai-je écrasé entre mes mâchoires ? Je l'ai aimé. L'huître est tout ce que je pressentais. Elle est aussi sensuelle, et même carrément sexuelle.

Le soleil. Le lézard qui a du faire partie de mes incarnations précédentes, s'est réveillé. Je ronronne à chaque sortie. Je m'attarde sur le marché, que j'ai déjà arpenté dans les deux sens (deux panais; une poignée de figues sèches et une cargaison de champignons de Paris). Le soleil sur ma peau remplace un moment le besoin d'une autre compagnie.

Le film. « Je ne sais pas quoi dire », a dit mon ami à la sortie. « Tais-toi ! » ai-je eu envie de hurler. Oui, tais-toi, si tu n'as pas aimé. Laisse moi ce souvenir comme un trésor. « Dans le sens positif », a-t-il ajouté. Nous nous sommes quittés sonnés-émerveillés. Ces images, ces musiques, ces paroles, tout formait une évidence. Un objet magique qui aurait du exister depuis longtemps Merci au grand homme, il a bien fini son histoire.

Et puis d'autres choses, un peu fragiles, qu'il vaut mieux ne pas dire. La honte est trop horrible, quand les espoirs s'écroulent.

pho1

A garder aussi, ma recette de phở. Chaude, parfumée, viandeuse, pleine de nouilles... Une soupe d'occidentale, surement, mais que j'aime. J'ai aussi réalisé une version au thé. Mais en ce moment je préfère l'autre, l'originale. Un peu plus lourde, comme grasse en bouche, elle enveloppe l'âme.

Pour 4 personnes

  • 200g de nouilles de riz

  • 1,5 L de bouillon de pot-au-feu

(ou bouillon de bœuf)

  • 200g de filet de bœuf

  • 20 g de gingembre frais

  • 1 bâton de cannelle

  • 2 étoiles de badiane

  • 1 gousse de cardamome noire

  • 2 oignons nouveaux

  • Menthe et coriandre fraiches

  • nuoc-mâm

  • 1 citron vert

  • 1 piment rouge

  • sel, poivre

Dans de grandes casseroles :

  • Portez le bouillon à ébullition et baissez le feu.

  • Rassemblez le gingembre, la cannelle, la badiane et la cardamome dans un sachet à infusion ou dans un petit morceau de tulle. Ajoutez-les au bouillon et faites mijoter 20 minutes.

    Goûtez et rectifiez l'assaisonnement si besoin.

  • Pendant ce temps, émincez la viande, les herbes et le piment.

  • Faites cuire les nouilles dans le bouillon.

  • Répartissez les nouilles et le bœuf (cru) dans des bols.

  • Versez le bouillon brulant dans les bols. Ajoutez, selon vos préférences, les herbes, le piment, le piment, une rasade de nuoc-mâm et du jus de citron vert.

(Pour la variante au thé : laissez infuser à feu très doux trois sachets de thé noir dans le bouillon, juste avant de servir)

Posté par Calimeriane à 15:27 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , , , , ,

10 mars 2014

Diamants (moments de - )

Je viens d'une famille plus prompte à dépenser de l'argent en livres – de SF et d'occasion – qu'en diamants. Je me souviens seulement d'une bague de fiançailles ornée d'un solitaire, et d'une volaille de Noël aux brisures de truffe. Souvenirs peu marquants, d'ailleurs.

Le diamant blanc n'est pas entré dans ma vie mais le noir s'y immisce. Il fait partie de mes « nourritures d'adultes ». Nourritures de solitaire voir de solitude, qui ont des accents tristes et nobles, désespérants et enivrants. Je l'ai goûté dans des salons ou quelques cocktails; je l'ai savouré lors de rares et succulents repas (que mon Yoda personnel en soit loué). Si souvent, j'ai entendu loué la truffe, à grand renforts de superlatifs, et j'en ai ri... Maintenant j'en souris, heureuse du seule souvenir du goût de la truffe. Elle est un diamant, plus précieux à mes yeux de vorace professionnelle que celui, froid, de carbone.

Mais depuis quelques jours, la truffe est devenue un souvenir chaud, un souvenir de repas de famille. Et cela lors d'un seul déjeuner; grâce à une seule personne.

choux0

Des grands, des adultes, des parents, m'initient aux truffes et aux belles nourritures. J'essaie de leur rendre en réhabilitant les nourritures mal aimées. Elles sont belles, elles aussi !

Grâce à Anne-Laure Pham, j'ai aimé et fait aimer les choux de Bruxelles. Un petit miracle qui mérite de le dire, le crier et le partager...

Des pâtes aux mignonnes choses vertes, pour trois personnes :

  • QS souhaitée de pâtes

    (ici des troffie, 50 g par personne parce qu'on a mis plein de légumes dans la poêle)

  • 3 poignées (une vingtaine) de choux de Bruxelles

  • 2 petites carottes

  • 2 cuillères à soupe de miel

  • thym

  • sel, poivre

  • huile d'olive

  • du fromage (copeaux de comté pour moi)

Plat du soir, style bonjour-bonsoir

  • Laver et plonger (5 minutes) vos mignons choux dans une casserole d'eau bouillante. Sortez les à l'écumoire.

  • Une fois qu'ils sont un peu refroidis (aucune raison gustative mais sinon ça brule les doigts), coupez-les en deux dans le sens de la hauteur.

    Lavez, épluchez et coupez en tout petits dés vos carottes.

  • Mettez vos pâtes à cuire dans l'eau de cuisson des choux et en même temps faites fondre votre miel avec un peu d'huile, du thym, du sel et du poivre dans une poêle. Posez-y les choux (côté coupé), puis ajoutez les carottes. Faites dorer, caraméliser les choux : à feu moyen si vos pâtes mettent dix minutes à cuire et sinon adaptez la puissance du feu...

  • Égouttez les pâtes, disposez-les dans les assiettes et ajoutez les légumes par-dessus. Terminez avec du fromage en copeaux et un filet d'huile.

 

choux1

 

Posté par Calimeriane à 19:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,



18 février 2014

Je ne dis plus bonjour

Les enfants disaient bonjour à tous les passants. J'étais à l'école primaire. Je n'avais pas peur des inconnus. Ils étaient quand même d'ici. Ils n'étaient pas effrayants. Dans les grandes villes, les passants sont trop nombreux. Et ils ne sont personne. Pas rien – ils existent – juste personne.

Rarement, un passager lèvera les yeux sur un chanteur de métro. Un lycéen tournera la tête, croyant reconnaître un ami. Une petite fille sourira à un homme grisonnant. Il en sera heureux pour la journée, parce que la chose est rare. Les citadins savent qu'ils vivent alentour d'autres humains. Simplement, ils s'en moquent. Selon moi, ils ont imaginé cette stratégie comme système de défense. La seule solution permettant de survivre dans une masse d'humanité sans tomber dans la folie ou – pire – la haine.

Personne ne peut supporter tant de bipèdes râleurs. Imaginez votre quartier. Chaque maison et chaque appartement. Puis chaque habitant, son passé, sa vie, et ses espoirs. Et tentez de contenir tout cela dans votre esprit.

Moi j'aime cette ville insensible. Celle qui ne me regarde pas, ne me considère pas et ne me juge pas.
Petite recette des soirs célibataire-solitaire en ville, inspirés par Cléa. Une pâte à pain moelleuse, un potimarron en purée et du fromage, aussi bien affiné que totalement fondu. Banco.

naan

 Pour 3 personnes

  • Une pâte à naans comme ici

  • 1 potimarron, pelé et coupé en cubes (50 g par personne environ)

  • ricotta (à vôtre goût)

  • Vieux comté (ou autre fromage à pâte dure)

  • sel, poivre

Préparation, à adapter aux désirs du moment

  • Préparez la pâte à naan et laissez la reposer

  • Faites cuire le potimarron dans une casserole d'eau qui s'agite, après y avoir jeté une belle pincée de gros sel. Lorsque les carrés sont bien tendres, ôtez-les de l'eau et écrasez-les.

  • Salez et poivrez la purée, ajoutez de la ricotta pour obtenir une texture bien crémeuse.

  • Divisez la pâte en autant de morceaux que vous souhaitez de naans. Étalez-les finement et recouvrez la moitié de purée de potimarron. Recouvrez – généreusement – de copeaux de fromage.

  • Rabattez la pâte « nue » par dessus et soudez les bords, en chassant bien l'air.

  • Faites chauffer une poêle anti-adhésive à fond épais (mieux : à la crépière) sans matière grasse.

  • Lorsqu'elle est bien chaude (sur feu fort ou moyen-fort, cela dépend de votre cuisinière) placez le pain dessus. Dés que la première face est dorée, retournez-le. Lorsque qu'il vous semble joli, ôtez-le du feu et passez au suivant.

Posté par Calimeriane à 21:18 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

12 février 2014

Contre l'ennui, le musée

Dans le métro, lire le journal est un plaisir. Pages dressées en paravent, je suis aussi isolée que prise dans la foule. Lorsque soudainement le wagon sort de terre, la vague de lumière engloutit les dernières pensées moroses.

Dans le musée, la démarche des visiteurs change. Je ne me déplace pas, je déambule. Un pas lent, presque nonchalant, qui roule, se déroule, le long des vitrines. Le regard glisse des objets aux panonceaux et vice versa. Puis il s'arrête, capté, captivé.
Sur le tableau, la montagne est recouverte de pins enneigés. L'œil saute d'un détail à l'autre. L'esprit passe d'un monde à l'autre. Il est l'admirateur d'un paysage hivernal. Il est l'admirateur du peintre.
Voilà ce qu'est une œuvre d'art : deux mondes, l'artiste et le monde qu'il représente, qui cohabitent sans se heurter. En toute beauté.

canard1

Ce genre de bonheur, gratuit, est si délicat, léger, que j'ai peur de le perdre à trop le solliciter.
J'en ressens un autre, un peu du même genre, en cuisinant des classiques. Réussir un plat traditionnel est rassurant, surtout lorsqu'il s'agit de viande. Ces recettes, appartiennent à la cuisine des mères et des grands-mères. La cuisine de celles qui savent, qui ont une place dans la vie et semblent inaltérables. Faire comme elles permet de prendre un peu d'assurance.

Alors, à Noël, je me suis saisi de deux belles cannettes afin de les cuire tout doucement, sans les brusquer, et de les arroser de sauce à l'orange. Ma sœur ne prend jamais de sauce. Léger désaccord familial : dans mon assiette la viande est un prétexte à l'inondation. Elle s'est resservie de celle-ci.

Canard à l'orange pour 8 personnes

  • 2 canettes prêtes à cuire

  • 2 carottes

  • 2 oignons

  • 2 feuilles de laurier

  • 2 brins de thym

  • 30 cl de vin blanc sec

  • 30 cl de fond des volaille

  • 2 oranges

  • 2 càc de Maïzena (ou plus)

  • sel, poivre

Dans les bonnes odeurs

  • Pelez et coupez les carottes en petits dés. Épluchez et ciselez les oignons.

  • Colorer les canettes de tous les côtés, dans votre cocotte, sans graisse (dans une poêle antiadhésive dans mon cas, avant de transvaser dans mon plat à backeoffe qui ne passe pas sur la flamme). Réservez. Jetez la graisse noire mais n'essuyez pas la cocotte.

  • Faites-y revenir les oignons et les carottes avec du sel.

  • Rajoutez le vin et faites réduire d'1/3. Ajouter le fond de volaille, le thym, le laurier, goûtez et rectifiez en sel. Portez à ébullition.

  • Placez les canettes dans la cocotte et couvrez-les à même la peau d'un papier sulfurisé beurré. Posez le couvercle et enfournez pour 2 heures à 150°C.

  • Pendant ce temps, zestez les deux oranges. Faites bouillir ces zestes 1 minute et égouttez. Pressez les oranges.

  • Sortez les canettes de la cocotte et laissez-les reposez couvertes de papier aluminium.

  • Filtrez le jus de cuisson et foulez bien à travers la passoire pour tout récupérer. Versez dans une petite casserole et liez avec la Maïzena diluée dans 4 cuillères à soupe de jus d'orange. Ajoutez le jus et les zestes. A ce moment, il ne faut plus faire bouillir.

  • Découpez les canettes et réservez les morceaux dans la cocotte encore chaude jusqu'au repas.

  • Servez les canettes avec des navets glacés, au beurre, des marrons revenus, au beurre, et des pommes noisettes pour les convives réticents à ces accompagnements...

 

canard 2  canard 3

 

Posté par Calimeriane à 15:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

06 février 2014

Impossible laideur

Il était beau. Le visage mat du jeune homme avait une finesse toute féminine. Ses longues mains voletaient dans les airs. Il avait un sourire gentiment moqueur et des yeux bleu clairs qui ne disaient que la douceur. Je ne pouvais détacher mon regard de lui. J'espérais avoir un sourire. Il s'est mis à parler à son ami. Et toute la laideur du monde était dans sa bouche. S'en écoulait un flot nauséabond qui décrivait un monde sans aucun respect des autres – des femmes; surtout.
J'ai pensé « quel dommage » et m'en suis un peu voulu. Quelle idiotie de se dire que les belles personnes devraient être de belles âmes.

Une chose plus étrange s'est produite quelques heures plus tard. Une jeune fille, agréable à regarder, mangeaient des sablés. Des gâteaux bien beurrés, bien sucrés, d'une marque que j'apprécie. Elle se concentrait sur chaque petit rond extrait précautionneusement du paquet. Je me suis sentie proche d'elle. Nous aimions les mêmes choses, nous mangions de la même manière : nous pouvions donc être amies. Son téléphone a sonné. Sa voix était exaspérante et nasillarde. Elle avait cette façon d'étirer les syllabes comme si rien n'avait plus d'importance que le ragot ainsi souligné. Je suis une vraie bourgeoise-coincée-du-langage et je ne supporte pas ces intonations.
Je n'ai pas compris, pas pu admettre. Mon monde accepte que les gens beaux soient laids. Pas que ceux qui aiment manger – et bien manger – le soient.

1

Alors peut-être que travailler dans ce domaine est idiot. Je souffrirais de voir que ceux qui cuisinent divinement et ceux qui vont déguster ces nectars et cet ambroisie, ne sont pas des héros ou des saints.
Pour l'instant je ne regrette rien. Le premier livre – un vrai livre, un beau livre – auquel j'ai participé est presque fini. (Je vous en ai déjà parlé. Le 2 avril, passez le feuilleter dans une librairie...). J'ai admiré les belles photos de Richard Haughton. J'ai écouté les beaux mots de Chihiro. J'ai goûté les beaux plats de Kei. Je me suis dit que tant que les humains font de belles choses, je peux pardonner beaucoup.
Heureusement, j'ai réalisé quelques recettes de ce livre avant de déguster les « vraies ». Maintenant, je n'oserais plus. Pourtant ce risotto était si bon que ma mère m'a aussitôt demandé la recette.

Nous étions trois : J'ai coupé le vert de trois oignons nouveaux et je les ai fait cuire à feu très-très doux dans une poêle, avec du beurre, du sel et du sucre. Ils sont devenus un peu tendre et je les ai alors tranché en deux pour faire caraméliser, à couvert, leur face coupée.
Je n'avais pas le bon vin – du Barolo – mais une demi-bouteille de Bordeaux. J'en ai utilisé la moitié, mélangée à du sucre, pour réaliser une réduction de vin. Presque un confit, en fait.
Le reste du vin m'a servi a déglacer le riz arborio que j'avais nacré après avoir fait suer un oignon émincé. Après, il fallait juste faire un risotto en ajoutant le bouillon chaud louche après louche et du parmesan, à la fin.
Dans l'assiette : deux belles cuillères de riz; deux moitiés d'oignon, une tranche de noix de bœuf séchée et un filet de réduction de vin rouge. Et du plaisir (en plus, mes convives étaient beaux).

 

2

 

Posté par Calimeriane à 16:47 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

27 janvier 2014

De la certitude à la croyance

Ma sœur et moi avons les mêmes souvenirs de nos maladies d'enfance. Les réveils plus qu'embrumés, nauséeux, avec la tête qui cogne et le corps qui nous veut du mal. La voix geignarde qui anonne « Vais pas biiiien ». L'inquiétude, immédiate dans le regard des parents. Ils s'arrêtent et ne regardent que nous. La main sur le front, puis les lèvres, prennent notre température.
« Bon, j'appelle le bureau ».
Voilà. Elle n'a aucune hésitation. Elle n'ira pas travailler aujourd'hui.
Ensuite le médecin viendra, examiner l'enfant qui se sent mourante. Les repas seront fait de riz et de jambon blanc. L'après-midi se passera dans de chauds bras, devant des dessins animés en rafale.
Ces souvenirs représentent le confort. Le confort de nourritures simples et de films que chacun connait. Le confort, surtout, de la certitude. Quelqu'un sera là, toujours, à s'occuper de nous si ça ne va pas. Un appel au secours ne restera pas sans réponse.

Puis les années passent.

Les Disney restent, la soupe de riz remplace les paquet d'Uncle Ben's. Aucune main ne se pose plus sur le front brulant. La certitude n'était qu'une croyance.

maca

Habitude – je me soigne au sucre . Ce n'est pas bien. Je m'en fous. Je panse mon âme en abimant un peu mon corps.
Recette de M. Felder : Macarons à l'ancienne. Je les aime comme ça : moelleux et épais. Dense aussi, de mâche et de goût. Le genre de bouchées qui procurent un plaisir immédiat. (Ils sont meilleurs le lendemain ou deux jours après.)

Pour une trentaine de macarons :

  • 100g de poudre d'amandes

  • 150 g de sucre semoule

  • 7 g de miel liquide

  • 2 blancs d'oeufs

  • sucre glace

  • arôme d'amande amère (pas mis)

Modus Operandi

  • Mélangez la poudre d'amandes et le sucre semoule. Ajoutez le miel et les blancs d'œufs. Mélangez à la spatule afin d'obtenir une pâte homogène : elle est très, très épaisse.

  • Faites chauffer une casserole d'eau. Placez la pâte au bain-marie tout en remuant. La pâte va se liquéfier un peu lorsqu'elle atteindra une température légèrement plus chaude que votre doigt.

  • Retirez du feu; prélevez 1 cuillère à soupe de pâte et réservez là.

  • Couvrez une plaque de papier sulfurisé.

  • Pochez les macarons à la poche à douille ou réalisez de petites boules aplaties avec une cuillère à café (ma version, qui fonctionne très bien).

  • Mouillez du papier absorbant et appliquez-le doucement sur le dessus des macarons afin de les humidifier et les lisser. Saupoudrez de sucre glace.

  • Enfournez pendant une vingtaine de minutes en surveillant. Sortez le coques lorsqu'elles sont juste dorées. Saupoudrez de sucre glace et laissez refroidir.

  • Déposez un peu de pâte crue (une pointe de couteau) sur la moitié des coques, et couvrez avec une autre coque.

Posté par Calimeriane à 19:19 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , ,

19 janvier 2014

Apprendre (à faire un bol d'udon)

D'abord.
L'enfant-qui-ne-l'est-plus part. Il s'installe seul. Il ne prend pas ses marques, il les fabrique, ce qui est plus grisant. Sortir de son appartement et se balader dans son nouveau quartier afin de trouver sa nouvelle boulangerie. Il apprend la solitude et il aime. Il savoure le pouvoir de faire ce qu'il veut, quand il veut. La douche à quatre heures du matin ou le gâteau au chocolat à minuit. Finalement il commet peu d'excès. Il jouit de la possibilité de pouvoir le faire.
Puis.
Il revient. Juste une semaine, ou quelques jours. Peut-être quelqu'un de sa famille fête-t-il un anniversaire. L'enfant-qui-ne-croit-plus-l'être n'a rien prévu. Il va revenir, dire bonjour puis repartir. Retourner à sa vie. Il ne pense pas à comparer. Il est différent, voilà tout.
Mais.
Il compare quand même. Rien ne l'y force, rien ne l'y pousse : son esprit fonctionne tout seul. Il ne s'aperçoit de rien et repart, retourne à cette liberté qu'il adore.
Quelque chose a changé. C'est un froid entre la peau et le muscle du bras. C'est une pression sur les côtés de son crâne. C'est la lancinante sensation d'avoir oublié quelque chose.
Petit à petit.
Le froid devient glacial. La pression devient douleur.Un jour, il comprend. Il s'est laissé avoir. Il a confondu liberté et solitude. Il a cru sortir et commencer. Il s'est enfermé. (Et il n'a pas la clé).
Maintenant.
Il doit lutter.

Bientôt, j'aurais de nouveau une colocataire (j'espère). Une présence-plus-que-présente qui entend et écoute, voit et regarde. Une présence-plus-que-présente à regarder et écouter. Mes petits plats de solitaire, je pourrais les cuisiner pour deux.

udon1

Comme ses udon au bœuf que je fais régulièrement depuis que j'ai trouvé la recette chez Mingou. La première fois, celles des photos, il y a deux ans, nous étions deux autour de la table.

Pour deux bols:

  • 200g de udon (1 sachet sous-vide)

  • 200g de rumsteack

  • 1 càs de Maïzena

  • 2 càs de sauce soja (ou plus) + 1 càc

  • 1 càs d'huile neutre

  • 4 poignées d'épinards frais

    (ou des épinards congelés bien décongelés et essorés)

  • 3 cm de gingembre frais

  • piment rouge

  • 1 càc d'huile de sésame

  • 1 càc de graines de sésame

Pour deux bols fumants:

  • Cuisez les nouilles dans l'eau bouillante. Égouttez-les et refroidissez-les en les rinçant à l'eau froide.

  • Coupez le bœuf en lanières et mélangez-le à la Maïzena et à la càc de sauce soja.

    Râpez les gingembre.

  • Faites chauffez l'huile dans une sauteuse et faites revenir le gingembre durant 30 secondes.

    Ajoutez les bœuf et faites revenir 2 minutes. Ajoutez les épinards (avec 1 càs d'eau s'ils sont frais).

  • Ajoutez la sauce soja et le piment, mélangez et goûtez. Rectifiez l'assaisonnement si besoin.

  • Ajoutez les nouilles, mélangez.

  • Hors du feu, ajoutez l'huile et les graines de sésame.

udon0

Posté par Calimeriane à 19:22 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,



Fin »