C'est idiot, mais j'ai un peu peur, maintenant. J'ai peur de ne plus savoir comment on fait pour vivre, pour dépenser toutes les heures qu'il y a dans une journée, quand il n'y a pas plusieurs dizaines de pages à apprendre.

Surtout, j'ai peur de ne plus savoir comment on fait pour ne rien faire.

Je me souviens que quand j'étais petite, je pouvais passer des heures à lire, tout et n'importe quoi. Hélas, je crois qu'aujourd'hui -mis à part certaines merveilles littéraires comme les œuvres de J. Abeille récemment découvertes- je n'en serais plus capable. Je lis moins.

A l'époque, je m'ennuyais souvent. La sœur doit s'en souvenir, de ces mercredis bien maussades (l'Alsace sait faire de très beaux jours ensoleillés mais a également une spécialité en jours gris-souris) où l'on tournait en rond avant de lâcher la p'tite phrase

« J'sais pas quoi faire... »

Alors la grand-mère nous donnait un peu d'argent pour allez chez B., la buraliste (il faudrait que j'arrête de dire « Chez B. », B. a vendu l'affaire il y a des années). On achetait un magazine de BD (hélas, la plupart -et les meilleurs- étaient mensuels) que l'on dévorait si rapidement qu'il y avait toujours un grand-parent pour se moquer gentiment de notre lecture goulue.

Toujours est-il que ce matin, j'ai connu quand même un moment de bonheur, même teinté d'appréhension. Parce que je me suis réveillée en me demandant ce que j'allais faire aujourd'hui.

Étonnamment la réponse fut « la cuisine! ».

La pâte est en train de lever: j'avais envie de l'odeur de levure, de sentir sous mes mains le pâton grossier devenir de plus en plus lisse et souple et surtout d'observer la transformation par la vitre du four.

A la fac, les autres étaient heureux de la fin des partiels pour pouvoir sortir le soir, et boire. Mais moi je suis incapable de trouver cette idée enthousiasmante. Moi, je suis contente toute la journée en pensant à ce que je vais cuisiner le soir, surtout si il s'agit d'une recette jamais faite ou au contraire d'un de mes plats fétiches que je veux faire découvrir.

D'ailleurs, je vous ai déjà parlé de mon amour pour les brioches vapeur. Donc vous comprendrez pourquoi j'ai été désespérée en m'apercevant que sans panier vapeur, pas de cuisson vapeur (pas de bras, pas de chocolat comme dit l'autre...) Enfin, jusqu'à ce que je trouve cette recette (je vous l'ai dit, cette fille est géniale).

La solution, donc: faire des petits pains vapeurs grillés dans une sauteuse bien profonde.

(Désolée pour les photos, prises de nuit...)

DSCF5576

Shui Jiān Bāo à la viande

Et en plus (taratata), comme les brioches étaient petites, cette fois j'ai osé mettre la farce crue: ça change tout. La farce est juteuse, la brioche moelleuse et toute grillée en-dessous...

Résultat: j'ai remis ça avec une farce aux aubergines

DSCF6905

Shui Jiān Bāo aux aubergines

J'en profite, je vous livre les deux d'un coup!

Pour 8 baozi grillés – Shui Jiān Bāo (un bon diner pour 2 personnes avec une salade)

Pâte et cuisson

  • 125g de farine

  • 80ml d'eau tiède

  • 3g de levure fraîche + ½ càc sucre

  • ½ càc de levure chimique

  • 2g de sel

  • huile et 80-90ml d'eau froide

 

Farce à la viande

  • 120g de viande hachée

  • 1càc d'huile de sésame

  • 1 càs de vin jaune (ou saké, ou vin blanc...)

  • 1 càs de sauce soja

  • sel, poivre, ciboulette

 

Farce aux aubergines

  • 500g d'aubergines

  • 1 grosse gousse d'ail

  • 1 càs de sauce soja

  • ½ càc de sucre

  • ½ càc de 5 épices chinois (fac.)

  • sel

Ne vous effrayez pas de la longueur de la recette:

  • Si vous faites la farce aux aubergines, commencez par là: épluchez et coupez les aubergines en dés de 1 cm de côté. Émincez l'ail finement

  • Saisissez-vous d'une grande casserole et faites rissoler l'aubergine dans de l'huile, à feu doux. Ajoutez l'ail émincé et faites cuire 30min en remuant régulièrement.

  • Diluez la levure et le sucre dans l'eau. Laissez reposer 10-15 min jusqu'à ce que ça mousse

  • Placez la farine et le sel dans un saladier, creusez un puits et versez l'eau/levure et la levure chimique: amalgamez petit à petit jusqu'à ce que le pâton soit formé et ensuite pétrissez vigoureusement pour obtenir une belle pâte lisse.

  • Couvrez le saladier de film transparent et placez-le dans un endroit tiède pendant 1H30 au moins.

  • Pendant ce temps, préparez la farce:

    • Aubergines: près les 30 premières minutes de cuisson, ajoutez la sauce soja et le sucre dans les aubergines (et les épices si vous le souhaitez) et laissez encore mijoter 30 min en remuant. Les aubergines doivent être trèèès fondantes et le jus de végétation presque totalement évaporé.

      Réservez et laissez refroidir

    • Viande: mélangez tout et gardez au frais.

  • Dégazez la pâte de divisez-la en 8 morceaux. Divisez la farce en 8.

DSCF5555

  • Étalez chaque morceau en un disque de 4 mm d'épaisseur, puis pressez les bords du disque pour les affiner et agrandir le disque

  • Placez 1/8ème de la farce sur chaque disque et refermez la brioche et pinçant le bord pour faire des petits plis sur toute la circonférence, tout en repliant les plis sur le dessus.

    (si vous voulez plus de clarté c'est ici)

DSCF6894 DSCF6895 DSCF6897

  • Placez les brioches sur un alu/sulfu/plateau légèrement huilé , couvrez d'un torchon et laissez lever juste 20 à 30 min.

DSCF6899

  • Saisissez-vous d'une sauteuse et faites chauffer de l'huile (à feu doux-moyen).

  • Placez les baozis (il faudra peut-être faire plusieurs fournées) dans la sauteuse et lorsque cela grésille, versez la moitié de l'eau froide. Couvrez.

    Laissez cuire 12 à 15 min en ajoutant l'autre moitié de l'eau au milieu.

DSCF5574