07 septembre 2015

L'état de beau

J'appelle « état de beau » cette tournure d'esprit qui, un instant, fait voir le monde en beau – car la beauté est une couleur.Rappelez-vous Amélie Poulain, se baladant dans les rues de Paris, après le succès de sa première mission. L'univers entier lui est propice. Le fond de l'air est doux, le soleil brille, la Seine luit. Dans ma vie, et mon Paris, les choses ne se passent pas ainsi. La bouche de métro était embouteillée, l'avenue couverte de prospectus. Le vent s'échappant des souterrains était glacé. Le soleil, aux... [Lire la suite]
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30 mars 2015

Une douzaine

Elles ont le don d'invisibilité. Les yeux les frôlent sans que les esprits n'aient un soubresaut. Ils refusent cette présence sur le boulevard. Certains observent les vitrines à travers elles. Plaie béante que laissent ces regards de négation.D'autres les reluquent visiblement. Trop visiblement : de jeunes hommes en bandes qui font rouler les mots grivois comme ils feraient rouler leurs pectoraux. Pas des clients. Elles étaient douze, hier, sur le chemin du supermarché. La nuit venait juste de tomber. Douze Chinoises (ou... [Lire la suite]
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20 mars 2015

Première place

Excellent trimestre. Bons résultats. Élève sérieux et appliqué. Les écoliers peuvent aimer ces mots. Parce qu'ils ont appris à le devoir. Parce qu'ainsi va le monde et la volonté des adultes. Ces mots contiennent aussi la promesse de l'invisibilité. La non-existence est la punition des gens raisonnables. L'école broie. Ses pires enfants, elle les exclue impitoyablement. Ses fervents adeptes, elle les taille - à coup de sabre ou de scalpel. Jusqu'à ce qu'ils brillent ou qu'ils rompent. Ils sont ceux à qui tout réussit. Et ceux qui... [Lire la suite]
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05 mars 2015

Un seul être vous manque

Et tout est dépeuplé ? Peut-être pas. La chambre l'est. De taille raisonnable, elle est devenue petite en accueillant bagages et matelas. Débarrassée dudit couchage, elle est immense-ément vide. Je regardais ma série-débile-du-soir de façon à ne pas lui tourner le dos. Je relevais les yeux de l'écran juste pour le voir rire de sa BD. Je pensais au repas du soir, pour qu'il lui plaise. Mon meilleur ami : cette expression sonne de la naïveté d'une adolescence attardée. Mais elle convient. Quelques vacheries ont émaillé la jeunesse de... [Lire la suite]
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27 décembre 2014

Regards d'enfants

N°1 – au travers de Noël. Tout à l'anticipation des cadeaux, il porte les yeux sur les choses et ne voit rien. Il ne pense pas à lui, juste au moment. Pas à sa joie, juste à la joie, immense, qui envahit le présent. J'en ai souri : un sourire d'adulte, amusé et un peu supérieur. N°2 – au travers de la musique. Dans le métro, ce grand garçon a les yeux ouverts sans que rien n'y entre. Ses pupilles sont comme retournées sur les batteries qui résonnent aux tréfonds de ses poumons. J'en ai souri : un sourire de plaisir en voyant un... [Lire la suite]
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13 décembre 2014

Les choses désunies

Un homme déchirait un emballage de carton. Il était consciencieux. Ignorant des passants. Ses gestes, ralentis, saccadés, comme ceux d'un homme ivre. Ou juste ailleurs. La veille, j'avais lu quelques lignes au sujet d'enfants surdoués. L'auteur expliquait que ces individus étaient capables de relier des concepts d'une manière que les personnes « normales » ne peuvent comprendre. Ne peuvent imaginer. L'homme au carton était-il l'inverse ? Un être incapable de faire le lien entre les choses. D'objectiver le monde en une... [Lire la suite]
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23 novembre 2014

Moment de haine. Riz au lait pour se guérir.

Des rennes adorables, une façade devenue rouge et des boîtes aux lettres (spéciales pôles Sud) ornent ce grand magasin. Ils sont plus touchants que toutes les diodes clignotantes du monde. J'adore Noël. Pas les illuminations massives, la foule des avenues et les vendeurs intrusifs qui regardent votre carte de crédit avec espoir. Sont Noël : les décorations municipales de mon village, les bredele de ma grand mère et le sapin de ma mère sont Noël. Ils suffisent. Mais ces boîtes aux lettres, j'attendais avec plaisir de les voir se... [Lire la suite]
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16 novembre 2014

Conséquence inattendue

     J'avais oublié la musique. La télé l'avait chassé de l'appartement. Bien sûr, les mélodies pouvaient cacher les coups de feu et les scènes de sexe sans sensualité. Ça aurait été les gâcher. Devenue outil de dés-enlaidissemnt, elles s'enlaidissaient. Lorsque les voix vibrantes et les percussions cinglantes cessaient, une présentatrice déblatérant à outrance sur le moindre fait divers reprenait le pouvoir.      Dans ma recherche du silence, j'avais oublié la musique. Sur un petit appareil,... [Lire la suite]
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09 novembre 2014

Dommage

Il dormait, le visage appuyé sur la vitre. Ses traits avaient cette netteté, lisse mais pas fade, de la jeunesse. Ses mains étaient tavelées comme celle d'un homme mûr. La lumière crue soulignait, dans son reflet, les quelques ombres qui deviendront des rides. J'ai épié cet homme durant la moitié du trajet. Puis il a ouvert les yeux et contemplé l'extérieur, dans un silence immobile. J'ai passé le reste des stations à le comparer aux autres voyageurs. Des hommes et des femmes, des vieux rentrant chez eux, des jeunes sortant en boîte.... [Lire la suite]
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03 novembre 2014

Dans les murs

Certains murs deviennent odieux. Les rues, même glaciales,venteuses, humides jusqu'aux os, sont plus accueillantes. Ils sont peuplés de gens à conversation minimum. Certains murs sont adorés. Ils exhalent les odeurs des gâteaux de l'enfance ou les verres de porto. Ils résonnent de souvenirs d'aïeux ou de complicité d'amis. Certains murs sont juste là. Ils entendent le cliquetis des claviers et les dialogues professionnels. Les murs les plus compliqués sont neutres. Ils ont tout connu, mais ne me disent rien. Je dois les apprendre.... [Lire la suite]
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