26 avril 2015

Dimanche "matin"

Certains ont une terrasse ensoleillée. D'autres se contentent d'un rai de lumière dans leur cuisine. Un garçon s'est placé sur son trajet pour prendre son petit-déjeuner. Une jeune fille, presque une enfant, lit son journal. Le dernier habitant, presque un homme mûr, rentre d'une promenade sur le bord du canal. Les tasses fument. L'heure et le jour sont les mêmes – seize, dimanche. Chacun vit son propre moment. Les trois se rejoignent par hasard. Cette colocation est harmonieusement disjointe. C'est quelque chose de très-très beau. ... [Lire la suite]
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12 avril 2015

Le poulet voyageur (et recette de saint-jacques)

Stoppée net au milieu de la rue. Le faubourg est devenu ruelle catalane. Les lampadaires sont des lauriers roses. Les Parisiens – désolée pour eux – ont pris des allures de touristes allemands. Le souvenir est remonté si fort qu'il était un mirage. Les odeurs sont le chemin le plus court vers la mémoire. Le cerveau nous envoie des images avant même de nous dire qu'il a senti quelque chose. Le choc est grand, car il est d'abord inexplicable. Ce matin, les poulets rôtis de la boucherie arabe avaient la même senteur que ceux de mon bord... [Lire la suite]
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07 avril 2015

Pâques, 2015, Paris

Pâques a eu lieu mardi, à une heure du matin. La célébration fut légère, joyeuse et gratuite. Comme l'est une chasse aux œufs pour un enfant. À trois heures du matin, trois colocataires faisaient sauteur un bouchon. Ils pensaient trouver un crémant dans la bouteille. Le liquide était pourpre, avec des arômes de fruits noirs et de bulles discrètes. Premier fou rire : l'étiquette indiquait « Rouge » en lettre plus-grandes-c'est-pas-possible. À leur habitude, ils ont parlé de tout et de rien. Surtout de rien, en fait. Et au... [Lire la suite]
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30 mars 2015

Une douzaine

Elles ont le don d'invisibilité. Les yeux les frôlent sans que les esprits n'aient un soubresaut. Ils refusent cette présence sur le boulevard. Certains observent les vitrines à travers elles. Plaie béante que laissent ces regards de négation.D'autres les reluquent visiblement. Trop visiblement : de jeunes hommes en bandes qui font rouler les mots grivois comme ils feraient rouler leurs pectoraux. Pas des clients. Elles étaient douze, hier, sur le chemin du supermarché. La nuit venait juste de tomber. Douze Chinoises (ou... [Lire la suite]
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20 mars 2015

Première place

Excellent trimestre. Bons résultats. Élève sérieux et appliqué. Les écoliers peuvent aimer ces mots. Parce qu'ils ont appris à le devoir. Parce qu'ainsi va le monde et la volonté des adultes. Ces mots contiennent aussi la promesse de l'invisibilité. La non-existence est la punition des gens raisonnables. L'école broie. Ses pires enfants, elle les exclue impitoyablement. Ses fervents adeptes, elle les taille - à coup de sabre ou de scalpel. Jusqu'à ce qu'ils brillent ou qu'ils rompent. Ils sont ceux à qui tout réussit. Et ceux qui... [Lire la suite]
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13 mars 2015

Avant

Des pointillés de lumière dansent dans la chambre. Le volet ferme mal. Les phares de chaque voiture dessinent ainsi leur passage sur le plafond. Une petite fille les regarde du fond de son coussin. Elle a dans le nez l'odeur des draps propres. L'enfant vit à ce moment-là une grande aventure : cette chambre n'est pas la sienne. Ses parents dorment à, au moins, un demi-village de là. Demain, sa grand-mère lui offrira un bol de chocolat au lait et une tranche de brioche. Si celle-ci est aux raisins, elle aura pris soin de les ôter de la... [Lire la suite]
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05 mars 2015

Un seul être vous manque

Et tout est dépeuplé ? Peut-être pas. La chambre l'est. De taille raisonnable, elle est devenue petite en accueillant bagages et matelas. Débarrassée dudit couchage, elle est immense-ément vide. Je regardais ma série-débile-du-soir de façon à ne pas lui tourner le dos. Je relevais les yeux de l'écran juste pour le voir rire de sa BD. Je pensais au repas du soir, pour qu'il lui plaise. Mon meilleur ami : cette expression sonne de la naïveté d'une adolescence attardée. Mais elle convient. Quelques vacheries ont émaillé la jeunesse de... [Lire la suite]
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21 février 2015

Ignorance

Étalée de tout mon long sur le trottoir. L'étonnement prévaut; Puis la lourdeur du choc sur la hanche et le genou. La pluie mêlée de suie et de pollution entre par les manches de l'imper. Le pull rouge vire au gris sale. Plus tard viendra la douleur aigüe et lancinante de la plaie. Le pantalon gris vire un peu au rose. Je serrerais les dents à chaque pas. Je retiendrais un cri à chaque marche. Une chose fait beaucoup plus mal. À neuf heures du matin, les Parisiens vont travailler. Aucun ne s'arrête. Aucune voix ne s'inquiète. J'ai... [Lire la suite]
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12 février 2015

Mauvaise

Elle a d'abord été bruit. Un bruissement inaudible, qui est languissant comme une chanson sur la nostalgie, et vrillant comme une perceuse. Puis elle a pris forme: une petite bille juste là, devant, en haut, à gauche. Maintenant elle prend un poids. Elle pèse sur les idées et pensée (tentatives de –), petit pois ou enclume, selon les heures. Elle est sortie de la non-zone, là où sont les envies et pulsions. La fatigue s'adresse directement à ma conscience. Chaque fibre du corps hurle. « Dors ! ». Chacune lutte.« Ne... [Lire la suite]
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03 février 2015

Trous bleus

Il a de beaux yeux. Bleus clairs, ils sont presque blancs, au milieu d'un visage brun émacié. Il était là tous les jours, devant la boulangerie. Le jeune mendiant a disparu. Je me force à croire qu'il est allé poser son gobelet dans une autre rue. Le plus effrayant est ailleurs. Je l'aurais remarqué, même s'il avait été laid, ou vieux. Mais jamais je n'aurais vu son absence. Ils doivent être nombreux, à occuper notre quotidien. Et à s'en évaporer sans nous laisser le moindre, plus petit, minuscule, fragment de souvenir. J'aurais... [Lire la suite]
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