11 octobre 2015

Instantanés

Affaissée. La vieille est, sur sa chaise, compressée plus qu'humainement possible. Comme un trop réaliste jouet transformable. Une canne repose, oblique, entre la table et le trottoir. La femme fixe le vide. Ce regard dur passe sur les passants – sans ciller. Nous en sommes gênés. Puis, je souris. Détail incongru : elle a commandé une pinte. Ciel noir. Les étoiles sont pour l'Alsace, la Bretagne, la Creuse, que sais-je. Paris, ville-lumière, ne connaît pas l'obscurité. Les lampadaires n'y laissent (n'y ont) aucun répit. Mais,... [Lire la suite]
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30 septembre 2015

Je ne sais pas quelles fleurs acheter

Je n'ai passé qu'une soirée avec lui. Mais pas n'importe quelle soirée : celle de Noël. Et pas n'importe quel Noël : mon premier loin de chez moi. L'invitation est venue de sa fille, mais c'est bien la porte du père qui s'est ouverte. Sa porte, mais aussi ses bouteilles ! Des flacons de divins élixirs dont les seules étiquettes intimident. Joli cadeau … Moins, toutefois, que les rires. Vous vous êtes déjà senti intrus ? Perdu, seul, isolé, au milieu d'un groupe où chacun se connaît ? Cela arrive, en temps... [Lire la suite]
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23 septembre 2015

Publicité

Ils jettent le prospectus au troisième pas. Le cinquième les aurait amené à une poubelle. Mais à ce moment, ils ont déjà déchiré le sachet. Ils engloutissent les dragées colorées. Le sol du métro est jonché de plastique et de papier aux couleurs de cette marque de friandises. Des pastilles colorées gisent, écrasées. Une puanteur – fruit chimique – s'en dégage.Après cela, les odeurs de ma rue, de fruits exotiques – même trop mûrs – et de poulet rôti – même trop gras –, de bière et de clope, sont un bonheur. Qui sont ces gens près à... [Lire la suite]
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14 septembre 2015

Paris après la pluie

L'air est transparent. La pluie l'a lessivé. Il est comme une vitre tout juste nettoyée. La ville, d'un coup est pleine de détails. Je suis de ceux qui marchent le regard rivé au sol, et à leurs pensées. D'un coup, mon nez se lève. Là où je ne connais que les trottoirs, je découvre deux balcons ornés de papillons gigantesques et bacs à fleurs vert fluo. Dans une rue étrange, les enseignes sont si nombreuses qu'aucune n'est visible. Les escaliers de secours, encore humides, étincellent. Dans les arbres couleur vert de forêt, quelques... [Lire la suite]
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07 septembre 2015

L'état de beau

J'appelle « état de beau » cette tournure d'esprit qui, un instant, fait voir le monde en beau – car la beauté est une couleur.Rappelez-vous Amélie Poulain, se baladant dans les rues de Paris, après le succès de sa première mission. L'univers entier lui est propice. Le fond de l'air est doux, le soleil brille, la Seine luit. Dans ma vie, et mon Paris, les choses ne se passent pas ainsi. La bouche de métro était embouteillée, l'avenue couverte de prospectus. Le vent s'échappant des souterrains était glacé. Le soleil, aux... [Lire la suite]
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27 août 2015

Les damnés de l'été

Le bronze est d'un noir mat, que le soleil d'août parvient à faire luire. Mais les rayons soulignent surtout la fine poussière qui souligne les reliefs des sculptures. Rodin a modelé des corps, humains à l'extrême. Ils sont donc très étranges. Les damnés grimpent le long de cette porte, et leurs lamentations sont presque audibles. La pellicule blanche qui les recouvre semble un ajout volontaire de l'artiste. Eux, condamnés à souffrir, sont également victimes de l'oubli des vivants. Visiter ce jardin plein de corps en souffrance, dans... [Lire la suite]
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22 août 2015

Grandeur des petits étés

L'aquarium gît dans le frigo. Aucun des deux appareils n'a servi depuis des années. Le premier produisait des petites bulles, agitant des poissons de plastique. Deux enfants les capturaient avec les plus petites cannes à pêche du monde. J'aurais aujourd'hui du mal à en saisir une entre deux doigts.Le frigo produisait du froid – bien sûr – et, de façon détourné, les repas de ces écolières durant quinze ans. Pâtes le lundi, riz le mardi... sans oublier la barre de chocolat au dessert, le petit-suisse et la compote au goûter. La porte... [Lire la suite]
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11 août 2015

Quand attendre est une façon de créer

Tout doucement, l'eau prend du goût. Les os ont été rôtis une belle demi-heure. Les carottes et oignons ont été coupés en tout petits morceaux – le doigt en a été victime, oups. Le four a transformé la cuisine, de ce jour d'été, en sauna. Mais le résultat embaume. Ce fond de veau fera des sauces et des jus à se damner.Les jours précédents, des pâtes – focaccia et shǎnxī báijímó – ont levé, grêlées de mille bulles. Dans le frigo trône un bocal d'aubergines mises à mariner l'an dernier. À la place qu'il a occupé durant douze mois, dans... [Lire la suite]
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05 août 2015

Démoniaque

L'archet est immobile, tant il bouge vite. Le contraste est saisissant avec le regard fixe. La musicienne est résolument normale, en jeans et cheveux longs. Mais l'instrument est celui du diable. Si Faust avait joué de la musique, il aurait choisi le violon. Cet instrument vibre, et parle. Le saxophone aussi, mais d'une voix humaine, qui dit la mélancolie et la convivialité. Le son produit par un violon est d'un temps plus ancien, et d'un endroit qui n'existe pas. Cette musique est celui du peuple des fées, et des créatures de... [Lire la suite]
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29 juillet 2015

Seule, pas tout à fait, pas du tout

Visiter un musée le jeudi. Aller à la médiathèque au milieu de l'après-midi. Écouter la radio au fond de la nuit. Ce sont des occupations de solitaire. Les couloirs sont vides, les salles silencieuses, les auditeurs rares. Pourtant, je me sens alors moins seule. Dans la foule, les autres humains ne sont que des passants. Mais réduisez le nombre de passants et ils redeviennent des individus. Réduisez le nombre des individus et ils deviennent des complices. Lorsque j'ai eu ma première radio, je l'écoutais aux heures à un chiffre. Une... [Lire la suite]
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