J'avais oublié la musique.

La télé l'avait chassé de l'appartement. Bien sûr, les mélodies pouvaient cacher les coups de feu et les scènes de sexe sans sensualité. Ça aurait été les gâcher. Devenue outil de dés-enlaidissemnt, elles s'enlaidissaient. Lorsque les voix vibrantes et les percussions cinglantes cessaient, une présentatrice déblatérant à outrance sur le moindre fait divers reprenait le pouvoir.

     Dans ma recherche du silence, j'avais oublié la musique.

Sur un petit appareil, des dizaines de CDs attendaient une oreille disponible. Mais le bruit de la ville était si doux …

     Dans ma recherche de « vrais » sons, j'avais oublié la musique.

Puis,
Un garçon qui écoute du hard rock à fond de temps en temps. Comme ma sœur durant des années, comme moi durant quelques mois de fausse révolte.
Un autre garçon se promène dans les couloirs avec un petit haut-parleur. En sortes les sons les plus variés. Comme moi et mes envies allant de Mozart à Nine Inch Nails.
Un homme, à quelques bureaux du mien, écoute France Inter durant ses heures de travail. Comme moi lorsque je cuisine.

Deux parents plus que bien attentionnés ont ramenés une chaîne Hi-Fi achetée avec mes économies de collégienne.

Depuis,
Je redécouvre toutes les chansons aimées pendant vingt ans et oubliés depuis trois ans,
Je marche en répétant à tue-tête les histoires qui déboulent dans mes oreilles,
Je me fais des trips musicaux / voyages temporels.

painseiglethe

Je redécouvre aussi l'acte de pétrir. La pâte prend vie. Les gestes, de violents à doux, apaisent.

Des petits pains devenus sandwichs au pulled beef,des briochettes à la banane, une pizza au chocolat. En train de lever (de façon très anarchique !) une tourte au miel et citron.

Sur la photo ci-dessus, un essai de pain au seigle et au thé, extraordinairement moelleux. (Quelqu'un saurait-il si le thé peut avoir cette influence ? Mes précédents essais de cuisson en cocotte ne donnaient pas cela).

Pain au seigle et au thé cuit en cocotte
Pour une petite miche

Pour la poolish :

  • 40 g de farine T 55

  • 40 g d'eau

  • 3 g de levure fraîche

Pour la pâte :

  • 110 g de farine T55

  • 30 g de farine de seigle

  • 90 cl de thé vert (Sencha de Jugetsudo)

  • 1 cuillère à soupe rase de miel

  • 3 g de sel

Modus operandi

  • Mélanger dans un petit bol tous les ingrédients de la poolish afin de former une pâte homogène. Couvrer de papier film et placer au frigo pour 12 heures.

  • Former un puits avec les farines et le sel (dans le bol du robot éventuellement). Ajouter au centre la poolish et le miel. Mélanger un peu, pour incorporer un peu de farine à la poolish. Ajouter progressivement le thé, jusqu'à obtenir une pâte homogène et peu collante.

  • Pétrir la pâte pendant au moins 10 minutes.

  • Placer la pâte dans un bol, filmer au contact et laisser reposer 2 heures.

  • Dégazer la pâte et lui donner une forme de boule sans trop la travailler. La placer à nouveau dans un bol, sur un torchon fariné. Couvrir et laisser à nouveau reposer 2 heures.

  • Retourner le bol dans une grande cocotte en fonte. Humidifier la surface de la pâte et l'inciser d'une grande croix à l'aide d'un couteau aiguisé ou d'une lame de rasoir.

  • Refermer la cocotte et la placer dans un four froid. Lancer le four à 230°C (th. 8) et cuire environ 40 minutes. A la fin de la cuisson, la base du pain doit sonner creux.