Le pianotement des claviers est une terrible incitation. Les doigts démangent, gratouillent et s’agitent dans le vide. Même sans idées, sans mots, sans poésie dans l’âme, le corps tout entier est pris par l’envie d’écrire. Les mains se mettent  à danser sur les touches et les lettres à se succéder sur l’écran. C’est une jouissance sans nom. Écrire devient à ce point une drogue que le message n’a plus aucune importance. Le plaisir provient  de l’acte même. Des mouvements mis en œuvre. Comme les joggeurs accros à leur dose d’endorphines, je suis captive de ce moment-là. Heureusement, dans ce métier auquel je m’essaye, écrire sur « rien » est (plus ou moins) impossible. Certes, les marronniers sont nombreux. Certes, j’ai rédigé un certain nombre d’articles sans réel intérêt  informatif. Certes, quelques-uns n’avaient aucun intérêt tout court). Tous ces articles ont tout de même eu un sujet, que j’ai toujours tenté de traiter sérieusement, malgré mes doutes sur sa pertinence. Mais tout cela n’est qu’une tentative de conserver un semblant d’éthique, tiraillée que je suis par l’envie d’écrire sur tout et sur rien, pour le plaisir du geste.

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Le plaisir du geste, je le trouve encore –heureusement- dans la cuisine et les gestes du pétrissage. J’ai longtemps eu peur de la pâte  vivante. Le jour où je me suis lancée, et durant des mois, je n’ai d’ailleurs pas compris qu’elle devait être traitée comme telle. Une pâte levée un organisme fragile. Les mains doivent l’enrober, sans la brusquer. Elle n’a ni os ; ni organes mais une structure interne qu’il faut deviner du bout des doigts et du plat de la paume. Le jour où j’ai su traiter respectueusement mon pâton, j’ai ressenti de la fierté comme rarement auparavant.

Malgré tout ; pour les craquelins de Philippe Conticini, j’ai fait appel à mon robot ainsi que le précisait la recette de Sensations. J’ai regretté de perdre une occasion de pétrir. Regrets envolés lorsque les craquelins ont merveilleusement poussé. J’ai même regretté d’avoir regretté en mordant dans ma première tranche.

Pour deux beaux craquelins

-        250 g de farine

-        25 g de sucre semoule + 10 g

-        1 càc rase de sel

-        30- 35 g de lait entier

-        1,5 œuf (75 g environ) → l'autre demi servira à dorer!

-        10 g de levure fraîche

-        60 g de beurre

-        60 g de sucre perlé

(Philippe Conticini en met 90... je n'ai pas réussi à en faire absorber autant à ma pâte)

Pour le double plaisir d'observer une pâte vivante et de gouter un délice

-          Délayez la levure dans le lait entier, tiédi.

-          Versez le lait/levure dans le bol du robot, ajoutez par-dessus la farine, le sel et les 20 g de sucre. Lancez le pétrissage vitesse lente et ajoutez progressivement les œufs.

-          Augmentez un peu la vitesse de pétrissage et laissez la machine travailler jusqu’à ce que la pâte soit souple, lisse, et se détache des parois.

Ajoutez alors petit à petit le beurre en pommade.

-          Faites une boule de la pâte (avec délicatesse), replacez la dans le bol et filmez au contact. (Personnellement j’ajoute encore un torchon dessus pour lui « tenir chaud »).

-          Laissez pousser au moins une heure, dans un endroit tiède, jusqu’à ce que la pâte ait doublé de volume.

-          Dégazez-la alors, toujours avec délicatesse. Divisez la pâte en deux et y insérer, de la façon la plus aléatoire possible, 30 à 45 g (si vous y arrivez) de sucre perlé. Reformez des boules et déposez-les, clé (c’est-à-dire l’endroit où vous avez « soudé la pâte pour former la boule) en-dessous sur une plaque couverte de papier cuisson. Couvrez et laissez à nouveau pousser jusqu’à ce qu’elles aient doublé (environ 1 h 30 pour moi).

-          Dorez les craquelins à l’œuf battu et parsemez-les de sucre. Enfournez pour 15 minutes (en surveillant et en couvrant si ça dore trop, Conticini dit 25 : c’est trop pour mon four)  dans un four à chaleur tournante à 200°C.

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Aperçu de la mie; sucrée et attendrie de l'intérieur par le sucre fondu...