J'ai la hantise du froid. Avant, je n'étais pas du tout frileuse: j'ai passé de longs hivers (bien que toujours limités à une saison) sans allumer aucun chauffage.

Depuis, le froid est devenu un ennemi: j'ai réellement peur lorsque je sens l'hiver arriver de me retrouver prise dans un froid que rien, ni chauffage ni vêtements chaleureux, ne puisse rompre. Peur, juste peur, d'être prise dans cet inconfort perpétuel qui peut aller jusqu'à la douleur.

Alors ce mois de Décembre si aimable en température me fait assez plaisir.

Et voilà que se produit une chose incompréhensible: je regrette un peu le froid et, surtout, le givre et la neige. Comme ces deux manifestations blanches ne peuvent exister aux températures actuelles, me voilà en train de les regretter.

Juste parce que j'ai l'impression d'être volée, que le temps actuel ne me donne pas, en ravivant des souvenirs de mois de décembre blancs, froids, chauds dans la chaleur de la demeure parentale ou celle des aïeuls, ne me donne pas, donc, l'occasion de me vautrer dans cette chaleur nostalgique et régressive.

Zut alors. Toujours le même désir que l'on me rende mes noëls d'enfants.

La crèche la plus belle du monde (parce que les santons étaient peints par le père); les lego montés le soir même sous le sapin dans un complicité trop rare avec la sœur, les assiettes de bredele qui faisaient l'objet de tractation et de marchandages (je te donne mon bredele au sucre si tu me donnes le tien au Nut') et puis la simplicité de voir venir et non pas de devoir faire advenir.

C'est bien cette nécessité de devoir œuvrer pour que tout se produise, qui est lourde lorsque l'on est adultes, non?

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Mais au moins, on peut faire advenir des choses qui ne seraient jamais venues au jour si on avait laissé cette charge aux autres.

Et on peut découvrir des plats et des goûts qui deviennent aussi réconfortants que si ils faisaient partie de ceux que l'on connait depuis notre enfance.

C'est comme ça que je me retrouve à préparer de la joue de bœuf Hong Shao (presque) comme le préconise le Canard du Mékong. Cette viande caramélisée et saisie puis devenue tendre après 3H de cuisson (il faut bien ça) et gorgée de saveurs saturées en goûts.

Pour deux personnes

  • 400g de joue de bœuf

  • 1 càs d'huile

  • 1,5 càs de sucre

  • 2 càs de sauce soja claire

  • 2,5 càs de vin blanc (originellement du vin de riz)

  • ¼ càc rase de poivre

  • ½ càc de graines de coriandre (originellement 1,5 étoile de badiane)

  • 1 gousse d'ail

  • sel, poivre, piment

Attention, 3H de cuisson!

  • Dégraissez la joue de bœuf et ôtez les parties trop nerveuses (ne tentez pas d'enlever tous les tendons car 1/ Vous n'y arriverez pas; 2/ la viande s'effilochera trop au final; 3/ on ne les sent absolument pas)

  • Coupez la viande en morceaux de la taille d'une bouchée

  • Torréfiez la coriandre dans une poêle à sec, sur feu moyen (et le poivre si vous utilisez des grains).

  • Faites chauffer l'huile et le sucre dans la poêle, à feu moyen, jusqu'à obtenir un caramel. Remuez pendant 1 min puis ajoutez 2 càs d'eau pour obtenir un caramel plus liquide (attention ça fait pschhhh en explosant un brin!)

  • Ajoutez le bœuf et faites le dorer 5 min dans le caramel.

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  • Puis ajoutez l'ail, la coriandre, la sauce soja et le vin.

  • Couvrez d'eau à niveau, salez, poivrez et pimentez

  • Portez le tout à ébullition puis baissez le feu pour que toute cela mijote à petits bouillons.

    Couvrez, et c'est parti pour 3H de cuisson: toutes les 30min allez toutouiller pour vérifier que cela n'accroche pas, écumez et ajoutez de l'eau si besoin.

  • A la fin, goûtez pour rectifier l'assaisonnement.

    Servez sur un grand bol de riz et avec des feuilles de coriandre, si vous avez...

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