Je suis actuellement en pleine retranscription de plusieurs entretiens. Pour ceux (chanceux) qui ne savent pas ce que c'est, voici: on mène un entretien avec un individu, que l'on enregistre. Et après, on retranscrit. Mot pour mot, mais aussi syllabe pour syllabe et hésitation pour hésitation..

Parfois, on arrive à atteindre un niveau d'automatisation de la chose tel que l'on peut penser à autre chose. C'est rare.

Mais la retranscription, c'est plus qu'un simple automatisme « j'entends-j'écris ».

Vous entendez un discours, que vous connaissez déjà, et pour cause, vous y avez répondu, vous étiez là et même c'est vous qui l'aviez demandé, mais vous le transformez et le redécouvrez.

Parce qu'entre l'écoute et l'écriture, vous vous répétez les paroles mentalement. Vous répétez les mots, vous ponctuez d'hésitations mentales et vous rejouez le rythme sur le tempo des pensées. Et subtilement, ce rythme est transformé parce que vous appréhendez la nécessité de le retranscrire; or si on peut retranscrire le « hum », le « euh » ou le « mh mh », si on peut rendre le mieux possible les hésitations, toutes les subtilités finissent par nous déborder, et particulièrement les subtilités des intonations.

Or l'intonation donne sens, et surtout donne importance: toute se passe comme si l'intonation d'une parole agissait comme un niveau de codage de l'information supplémentaire, ajoutant nuances et surtout hiérarchisation dans les idées exprimées.

Donc oui, tout comme l'enregistrement ne vaut pas le direct, la retranscription perd quelque chose de l'enregistrement. Mais on y gagne aussi: si à soulever ce voile de hiérarchisation, toutes les idées sont mises à plat jusqu'à en oublier le fil primordial de la conversation, on se rend aussi compte de ce qui a été dit. Tout ce qui avait été codé comme hiérarchiquement inférieur et que l'on avait pas entendu, apparaît d'un coup. Et, bien sûr, on regrette de ne pas l'avoir interrogé lorsqu'on le pouvait.

 

L'autre chose particulièrement étrange lors d'une retranscription se produit lors de son brutal arrêt. Quelqu'un vous parle.

Vous arrêtez tout, vous ôtez les écouteurs, vous vous tournez vers lui, et vous l'écoutez.

Et non, même pas.

Vous vous surprenez à répéter ses paroles sur ce tempo subtilement différent, à lisser à plat toutes les idées. Or si cela est bénéfique, dans une certaine mesure, lors d'une interprétation différée, c'est handicapant pour la communication directe.

Pire, c'est dérangeant. C'est comme lorsque l'on répète un mot, dans sa tête, en enchainant si rapidement que le début et la fin se confondent: au bout d'un moment le mot perd de sons sens, le signifié n'existe plus et il ne reste plus que le signifiant, l'ensemble de syllabes, la sonorité.

Et parfois, le mot que vous aimiez, viscéralement, que vous trouviez élégant, s'enlaidit brutalement. Je pense qu'il ne s'agit pas d'une prise de conscience de la sonorité, qui vous paraitrait laide, mais que c'est le processus de perte de sens qui semble laid à l'être humain communicant que nous sommes, qui n'existe socialement que grâce au consensus du langage. Si signe et signifié n'ont plus de lien, c'est l'angoisse de mort, de la perte du lien, qui renait. Je crois que c'est cela que nous interprétons comme étant laid.

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Comme d'habitude, je suis ouverte (et reconnaissante) face à toutes les réactions.

Et puis il y a le contraire aussi, quand les choses font sens et font lien. Par exemple quand on découvre que le chou, c'est un légume honnête (et non pas cette chose qui prend traitreusement l'innocent perdu dans une cantine scolaire).

Il restait du chou avec lequel on avait fait des okonomi-yaki alors j'ai ouvert le livre sur l'Amérique de Jamie Oliver, et je lui ai emprunté (à peine modifiée) sa recette de kimchi express... Je vous le dis, le chou a acquis sa mauvaise réputation à tort.

Kimchi rapide (sans doute peu orthodoxe): la quantité fait un bon accompagnement pour 3

  • 500g de chou blanc ou chou chinois

  • 50 ml d'huile de sésame

  • ½ càs de gochujang (pâte de piment coréenne)

    ou 3 piments rouges secs moyens, tiges retirées et émincés tout fin

  • 2 étoiles de badiane

  • 1 càc de grains de poivre

  • fleur de sel

  • 2 càs bombées de cassonade (ou sucre roux, ou blanc si y a que ça!)

  • 70 ml de vinaigre de riz ou vin blanc

  • 2 gousses d'ail

  • un morceau de gingembre frais (de la taille du pouce)

Hop-Hop-Hop

  • Versez dans une poêle l'huile, le gochujang, la badiane et le poivre.

    Faites chauffer 5 min sur feu doux et retirez du feu (c'est juste pour faire ressortir toutes es saveurs, pas pour cuire!)

  • Préparez le chou en ôtant les parties abimées, en coupant la base et en éminçant le reste en tranches de 1 à 2 cm.

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  • Faites cuire le chou pendant une minute dans une casserole d'eau salée bouillante, avec le couvercle.

    Égouttez-le puis étalez le sur un plateau pour qu'il sèche un peu en refroidissant (mais il doit garder de l'humidité)

  • Pelez et émincez très finement l'ail.

    Pelez et râpez le gingembre.

  • Une fois refroidi, versez le chou dans un grand saladier, ajoutez l'huile épicée, le sucre, l'ail et le gingembre. Salez et puis mélangez tout (avec les mains si vous êtes pas trop délicat).

  • Couvrez le bol et mettez-le au frigo où il peut se conserver 3 à 4 jours.

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Nous on l'a mangé comme ça mais selon l'auteur de la recette, vous pouvez aussi le faire revenir ou le mettre dans une soupe, par exemple