Je sors toujours le dimanche matin, aller acheter mon pain à ma boulangerie préférée (alors même qu'une autre a ouvert à deux pas, je serais capable de traverser la ville pour le meilleur pain).

Il s'agit généralement d'une promenade de mise en appétit, très calme et douce mais ce matin une étrange ambiance m'entourait, entre la paranoïa et la poésie.

Je n'ai croisé personne tout le temps que je remontais vers la grande avenue et là, en arrivant en vue du coin que je devais tourner, ma vision a subie une sorte de brouillage.

Je voyais les passants qui marchaient sur l'avenue, perpendiculaire à la rue que j'arpentais, et au lieu de les voir comme dans une continuité, j'avais l'impression qu'il se matérialisaient, surgissant de nulle part au coin de la rue et redisparaissant de l'autre côté. Comme si rien n'existait que le néant après ces deux portions de rues.

J'ai fixé ce spectacle comme dans un rêve, profitant de cette sensation étrange tout en me rassurant en me disant que dés que je me trouverais sur l'avenue, dans le flot, tout cela se romprait. Mais lorsque je suis arrivée au bout de ma rue, certes je n'ai pas trouvé l'avenue déserte, mais au lieu de voir autant de visages tournés vers moi que me tournant le dos, tout ceux que je distinguais clairement s'éloignaient de moi.

Étrange vision de fin du monde, avec dans les oreilles le bruit d'une salle de boxe où les coups semblaient un métronome au son sourd, plein de solitudes, de colères sublimées et aussi de rages froides.

 

Et puis, tout s'est évanoui. Cela ressemblait un peu à l'ambiance qui peut régner dans certaines scène de The Truman Show.

Peut-être que cette vague paranoïa vient de la lecture d'Un bébé pour Rosemary. Je n'avais pas eu envie de le lire en été, mais me l'étais noté pour l'hiver car je pensais qu'il s'agissait d'un livre ressemblant à du Stephen King (qui est décidément un auteur à lire en hiver, tout comme Dan Simmons se lit en été).

En fait j'ai été surprise de l'atmosphère de ce livre: Ira Levin décrit les faits de façon détachée et neutre sans tenter d'instiller la moindre atmosphère d'angoisse comme il le fait dans Un Bonheur Insoutenable, comme John Brunner le fait dans sa tétralogie noire, comme on trouve dans certains livres qui instillent la sensation d'une réalité irrémédiable.

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Et pour prendre le contrepied de tout cela, un gâteau de riz italien, qui fait penser au riz au lait (Mais en pas pareil, le côté crêmeux est moins comme cela et plus comme ceci...).

Les gros gâteaux, bien épais et au goût simple sont toujours réconfortant jusqu'au tréfonds de l'enfance mais le riz au lait a aussi pour moi une dimension particulière. Cest la seule chose dont j'ai souvenir que ma sœur ait jamais cuisiné. A cette époque je ne touchais jamais à la cuisine et comme elle était capable de produire une telle merveille, elle me semblait devoir devenir un futur cordon bleu.

On l'aimait plein de cannelle (le gêne alsacien s'exprimant là, selon le Père) et on pouvait le manger chaud ou froid et à toute heure.

(Tu te souviens, grand sœur?)

Alors ce gâteau, moi je l'ai mangé saupoudré de cannelle et je l'ai goûté à plusieurs stades pour me ranger à l'avis de sa dispensiatrice: il est meilleur bien frais, le lendemain.

Donc pour la recette originale c'est ici, chez la demoiselle que je suivrais les yeux fermés en ce qui concerne la cuisine italienne.

Pour un énorme gâteau de riz italien

(6 ou plutôt 8 personnes- à faire dans un moule à manqué de 22 cm de diamètre)

  • 300g de riz Arborio, ou rond comme pour moi,

  • 50 cl de lait

  • 50 cl d'eau

  • le zeste d'1/2 citron

  • 3 càs de Marsala

  • 3 oeufs

  • 150g de sucre semoule

  • 30g de farine

  • un sachet (11g) de levure chimique)

  • un peu de beurre, juste pour le moule et puis aussi de la chapelure (mais la farine ça doit marcher aussi)

(Et non, ni huile ni beurre, c'est pas une erreur)

Assez facile, et ça rentre tout-tout pile dans le moule: ça c'est de la précision

  • Versez le riz, l'eau et le lait dans une casserole.

    Ajoutez le zeste et puis faites bouillir le tout et faites cuire le riz « al dente ».

    Donc, le riz « al dente » c'est cuit mais ferme au cœur et n'ayez pas peur avec les quantités de liquide: non, vous n'en aurez pas trop!

    N'égouttez donc pas le dit riz mais laissez le refroidir dans le liquide qui le baigne.

  • Une fois froid versez le tout dans un saladier.

    Séparez les jaunes des blancs, versez les jaunes d'œufs dans le riz et mélangez le tout au batteur électrique, à vitesse douce. Ajoutez le sucre, mélangez au batteur, puis la farine et la levure, petit à petit en battant toujours pour obtenir un mélange homogène.

  • Ajoutez le Marsala (et versez vous un p'tit verre pour tous ces efforts)

  • Montez les blancs en neige ferme et incorporez-les délicatement au reste à la spatule en soulevant bien la masse (c'est à dire qu'il faut remuer, en douceur, de haut en bas).

  • Beurrez le moule et saupoudrez-le de chapelure.

    Versez la pâte et enfournez le tout pour 35 à 40 min dans un four préchauffé à 160°C.

  • Laissez bien refroidir avant de démouler.

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A la sortie du four et un peu plus tard

Et puis pour le déguster, juste de la cannelle ou bien un zabaione comme dans la recette originale, ou un coulis de fruits ou de chocolat...

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(Pitié pour la photo: j'étais trop pressée de le dévorer!)